Pourquoi je ne suis pas favorable à l’étiquetage nutritionnel avec un code couleur (partie 1)

Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’institut Pasteur de Lille, spécialiste en Endocrinologie et maladies métaboliques

couleurL’étiquetage nutritionnel n’a pas de sens sur le plan nutritionnel
On se base sur des données qui sont régulièrement remises en question et ne sont pas solides. C’est le cas par exemple des graisses saturées. En dehors de leur faible effet hypercholestérolémiant (augmentent le C-LDL et le C-HDL), les graisses saturées ne sont pas un facteur de risque cardiovasculaire considéré aujourd’hui comme important. De plus, les graisses saturées sont hétérogènes. Leur effet dépend du contexte nutritionnel et de la source alimentaire. C’est un manque de prudence que de les inclure dans un score de qualité. Aucune étude d’intervention n’a montré l’intérêt de leur réduction. Pire, leur substitution par les glucides est péjorative chez les sujets à risque (en cas de syndrome métabolique par exemple). Seul leur excès important dans un contexte de régime occidental n’est pas souhaitable.

Pourquoi mettre les protéines dans la balance positive et les calories dans la balance négative ? Cela n’a pas de sens ! On consomme déjà trop de protéines et les calories ne sont à considérer qu’avec la balance énergétique.

- L’aspect quantitatif en terme de nutriments est totalement occulté par ce type d’étiquetage. Un aliment classé « rouge » consommé en petite quantité dans un contexte alimentaire de variété ne pose aucun problème.

- La variété n’est pas soutenue par ce type d’étiquetage. Au contraire, il risque d’induire d’autres déséquilibres dans les choix, en hypertrophiant les aliments verts !
Tout ceci n’est guère éducatif mais pavlovien !

- Ces concepts sont et seront dépassés par la connaissance en nutrition. Ils reposent sur une conception fausse de la nutrition en se focalisant sur certains nutriments uniquement, en dépit des données modernes sur la complexité, l’effet matrice, la disponibilité, les interactions, les régulations métaboliques, la susceptibilité individuelle.
- D’ailleurs ceci est suggéré par le fait que certains aliments sont exclus de l’étiquetage, par exemple les produits laitiers. Cela n’a pas de sens. Tous les aliments ont des propriétés différentes, des atouts et des faiblesses.

On se rapproche de l’anti-nutrition en attaquant les aliments. D’ailleurs cet étiquetage est considéré au niveau européen comme non objectif et discriminatoire.

 

Parce que l’étiquetage nutritionnel est contre-productif sur le plan comportemental
- En faisant croire qu’il existe des mauvais aliments (au détriment de la variété et de la modération) on induit le fait qu’il existe de mauvais comportements et de mauvais mangeurs. On risque de montrer encore plus du doigt les obèses, mauvais sujets qui mangent de mauvais aliments. Or il est essentiel de les aider à sortir de la restriction cognitive qui les conduit à se culpabiliser et à être culpabilisés dès qu’ils mangent des aliments « riches ». Il faut au contraire qu’ils apprennent à en manger peu et avec plaisir.

- ce qui est important ce n’est pas uniquement la qualité des aliments, mais pourquoi je les mets dans mon assiette et je les mange. Les déterminants socio-économiques, culturels et psychologiques sont beaucoup plus importants à cet égard.

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2 responses to “Pourquoi je ne suis pas favorable à l’étiquetage nutritionnel avec un code couleur (partie 1)”

  1. G. Losserand / étudiant en psychologie à Paris 7 says :

    Un exemple d’étiquetage discutable :

    Il s’avère que par hasard ma supérette vend des haricots blancs à la sauce tomate en boîte de la la marque Heinz (comme le fameux ketchup) en version importée d’Angleterre. Il est indiqué en gros et en anglais sur la boite de 415g que ces haricots constituent « 1 de nos 5 par jours », ce qui suppose que l’on soit au courant de la recommandation relative aux fruits et légumes.

    En tournant un peu la boîte de conserve, on découvre un diagramme vert composé de 4 segments nous indiquant qu’en fait 1/4 de la boîte correspond à « 1 de nos 5 par jours ».

    Au consommateurs lambda de conclure: « si je mange les 4/4 de le boîte, soit 415g gramme de haricots blancs à la sauce tomate, j’ai mangé 4 de mes 5 fruits et légumes par jour ».

    Mais aussi, d’après la même boîte : 328 Kcal, 19.4 g de protéine, 53.4 g de carbohydrate (dont 20.6g de sucre), 0.8 g de lipide, 1 g de sodium, 15.4 g de fibre…

    Résultat: ce n’est pas parce qu on a fait un joli emballage que le consommateur s’y retrouve. Par contre, la volonté marketing de faire de ces haricots un produit « santé » est flagrante.

  2. Gérard z says :

    Effectivement !
    Et d’autres ont le même avis.
    Mais alors quel est la solution devant cette société de plus en plus manipulée et infantilisée ?

    http://renaudroussel.com/blog/codes-couleur-alimentation/

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