Faut-il payer les patients pour qu’ils maigrissent ?

Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, spécialiste en endocrinologie et maladies métaboliques.

medications-257376_640Récemment dans Le Point, Anne Jeanblanc posait la question « faut-il payer les patients pour qu’ils maigrissent ? ». Elle se rapportait à des études anglo-saxonnes qui s’interrogeaient sur les leviers financiers pour que les patients suivent correctement leurs traitements médicamenteux.

Il n’est pas saugrenu de penser que le levier « argent » puisse être proposé aux « gros » afin, qu’enfin, ils se décident à maigrir ! Cette carotte a été utilisée et/ou proposée dans certains pays comme le Brésil et la Grande Bretagne. On n’est pas loin de l’idée de Dukan de donner des points supplémentaires aux candidats au bac qui auraient un poids normal. Si tout cela est non seulement choquant mais également absurde, cela renforce cette notion dangereuse du « devoir » à être en bonne santé.

Cette idée conduirait peut-être à une levée de boucliers en France, mais n’est-elle pas proche de la position des compagnies d’assurance qui pénalisent les gros, malades et autres sujets à risque ? Dans le secteur privé, cela pourrait parfois se justifier. Pourquoi ne passerait-on pas insidieusement à d’autres formes de pénalités de la part des pouvoirs publics pour ceux qui n’appliqueraient pas les règles du bien manger ? Indirectement, c’est déjà un peu le cas des taxes que l’on imposera un jour sur les aliments considérés comme mauvais : impôt indirect. Demain ce sont les gens qui mangent les « mauvais » aliments que l’on taxera ! Comme si les aliments étaient des poisons.

Il faut aider les patients à se responsabiliser, à prendre conscience du coût des soins (le tiers payant pour tous ne semble pas y aider). Mais il ne faut pas faire croire que l’on choisit d’être malade ou que l’on choisit d’être gros. Et qu’on doit payer, et donc indemniser ceux qui maigrissent ou ceux qui ne sont pas gros. Pour accroître les inégalités on ne pourrait guère faire mieux.

Rêvons, tout ceci est encore de l’utopie. Nous sommes là pour aider les personnes à retrouver une santé, qu’ils soient « responsables » ou non de leur état (serment d’Hippocrate). Mais nous ne devons pas à contribuer à la marchandisation de la santé.

Balises : , , , , , , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 461 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :