Nos tripes nous parlent !
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
En réaction au texte « Troubles alimentaires et obésité : révolution ? » de Bernard Waysfeld
Notre cerveau et notre estomac sont intimement liés à tel point qu’entre 200 et 600 millions de neurones peuplent nos viscères. On parle de notre second cerveau quand on évoque le tube digestif.
Un dialogue constant s’établit entre le cerveau et notre système digestif. Il permet de maintenir un état d’équilibre interne constant, y compris au niveau du contrôle de nos états émotionnels et même de certaines fonctions cognitives. Les 2 régions clés cérébrales sont l’amygdale (région en forme d’amande, d’où le nom) et l’hypothalamus. On pourrait rajouter le tronc cérébral qui recueille les informations nerveuses provenant du tube digestif avant de les dispatcher vers l’hypothalamus.
L’hypothalamus et l’amygdale sont essentiels pour les comportements de survie de l’espèce humaine comme les réactions de peur, de fuite (travaux d’Henri Laborit) et la régulation de l’appétit. Cela va jusqu’à l’organisation de souvenirs. Une image intéroceptive associée à un sentiment de dégoût ou de plaisir alimentaire peut être émise grâce à des signaux périphériques intestinaux. Cela crée une forme de mémoire du goût. Des travaux de l’hôpital neurologique Pierre Wertheimer à Bron (Rhône) effectués en 2008 montrent que la stimulation électrique du cortex insulaire chez des patients épileptiques déclenche des sentiments intenses de dégoût avec des nausées, en l’absence de prise alimentaire.
L’introduction d’une bactérie (bacteriotes fragilis) dans la flore digestive, restaure la perméabilité intestinale et va jusqu’à améliorer des comportements anormaux comme la phobie sociale ! Il existe donc bien d’après des travaux récents une boucle interactive entre notre cerveau et le tube digestif signe d’une histoire évolutive et d’une adaptation au milieu ambiant.
Notre regard sur l’obésité doit constamment s’interroger à l’aube de découvertes fondamentales. Les obésités sont multifactorielles et notre comportement alimentaire réagit à toutes sortes de paramètres y compris ceux provenant de nos tripes !


