La stigmatisation, facteur d’aggravation de l’obésité
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’institut Pasteur de Lille, spécialiste en Endocrinologie et maladies métaboliques.
En réaction à l’article « Où commence la stigmatisation ? » de Nathalie Négro
La stigmatisation est un fait : on étude rarement l’impact de l’objet sur la stigmatisation. On sait que les obèses trouvent moins souvent du travail, réussissent moins bien socialement, mais on peut penser que ceci serait en interaction avec le fait qu’il existe un gradient socio-économique négatif associé à l’obésité. Montrer que cette stigmatisation est un facteur associé à une aggravation de la maladie est un fait important.
Stigmatiser c’est montrer du doigt, désigner, porter des traces de quelque chose (les stigmates, traces des plaies du Christ chez certains mystiques). C’est aussi accuser en désignant la personne comme responsable de son état. Cela revient à enfoncer davantage la personne, à lui mettre un peu plus la tête sous l’eau. C’est un véritable cercle vicieux de mésestime de soi alimenté par les rechutes après régime restrictif (hyper protéique ou non) et par l’image véhiculée par le commun des mortels (les non gros surtout) du manque de volonté des trop gros : faibles, mous, sans volonté, etc. (conséquence, espérons-le, plus de l’ignorance que de la bêtise ou de la méchanceté).
En montrant dans cette étude que les stigmatisés grossissent plus on n’ouvre pas de voie thérapeutique mais on ouvre une voie intéressante pour la société, la communication, les médias, chacun d’entre nous. Plutôt que de parler de tolérance, version améliorée du relativisme (« tout se vaut », « chacun son truc », « je te supporte », « il faut de tout », etc.), osons parler de respecter l’autre, d’accepter la différence, d’aller au-delà des apparences, de ne pas juger, de ne pas condamner, de ne pas enfermer l’autre dans ses kilos…
Cela fera beaucoup plus avancer la société dans son ensemble et la situation des personnes ayant une obésité.



La stigmatisation est l’effet loupe de la difficulté d’accepter l’autre, « l’étranger » à soi, la différence quelle qu’elle soit (on peut l’appliquer aux personnes âgées, aux handicapés etc etc). Le racisme et l’enfermement dans des classes, des « ghettos », des communautés en sont les symptômes… L’apprentissage de la reconnaissance et du respect de l’autre devrait se faire à l’école, au moment où « ça bascule » de l’acceptation par les petits enfants des autres différents, et ceux-là même qui un jour commencent à s’en moquer, à s’appuyer sur leur « supériorité » pour renforcer leur identitaire relié à leur culture,leur famille, leur clan. Apprendre aussi aux « gros » (ou autres) de se défendre, par des actions qui engagent plus que le psychologique : la pédagogie, le rôle des médias, y sont aussi pour beaucoup !