Je te tiens, tu me tiens par la barbichette
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
Les négociations commerciales vont définir les prix des produits de l’agro-alimentaire pour l’année à venir (à partir du 1er mars 2015) dans la grande distribution (Casino, Leclerc, Auchan, Intermarché, Système U, Carrefour). Elles débuteront en septembre et s’achèveront le 28 février 2015 minuit.
La Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) a régulièrement pointé du doigt ces ententes. Les représentants des industriels viennent présenter leurs produits et affrontent les distributeurs qui fixent leurs prix de façon péremptoire la plupart du temps. Le risque que prennent les industriels trop mordants est celui du déréférencement de leurs produits. Cela s’est ainsi passé chez Leclerc dans les années 90, où on ne trouvait plus de bouteilles Evian. Casino a fait de même début 2014 avec la marque Coca-Cola ! Ce cauchemar des négociations concerne souvent les patrons de PME qui sont étranglés. La survie de leur entreprise ne leur permet pas de courir le risque frontal d’un déréférencement. Des cursus de formation de 3 jours sont même proposés à destination des PME ou des grandes marques afin d’apprendre à résister à la pression des hypermarchés.
Alors quid du consommateur ? Si celui-ci est gagnant au niveau de son portefeuille, c’est sur du court terme. Le risque est de déstabiliser de façon pérenne les agriculteurs. Certes, les prix ont baissé en 2014. Des entreprises vont rester sur le carreau. Et la qualité nutritionnelle n’est pas ce qui est mis en avant. Je crains que la qualité des produits pâtissent de cette course effrénée aux marges. On ferait mieux de donner plus de moyens physiques et financiers à la DGCCRF, mais ni la loi Galland, ni la loi Hamon ne l’évoquent.



