Saute d’humeur sucrée
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, spécialiste en endocrinologie et maladies métaboliques.
En réaction au texte « Que du bonheur ! Connaissez-vous le Free
Refill ? » d’Arnaud Cocaul
L’initiative de l’enseigne de restauration rapide Quick, dit « fast-food », de proposer en libre-accès des boissons sucrées dans ses établissements est lamentable. C’est faire preuve d’un manque total de responsabilité civique.
Nous savons à quel point les jeunes sont touchées par les problèmes de poids, cette décision augmente le risque de gain de poids. Rappelons qu’en terme de santé le risque est le produit du danger par l’exposition. Le sucre n’est pas dangereux mais dans certaines conditions il peut poser des problèmes et favoriser une prise de poids :
- lorsque sa quantité est excessive. Or celle-ci est conditionnée par la taille des portions ou par la fréquence de consommation. L’exposition est directement liée à la fréquence de consommation. Il est certain que cette mesure va accroître l’exposition et donc la consommation. Ainsi le risque augmente beaucoup :
- en cas de sédentarité, ce qui est le lot de la majorité des jeunes,
- en présence d’une susceptibilité particulière, génétique, comportementale ou psychologique,
- quand il préexiste un surpoids,
- lorsque le sucre est consommé sous forme de boissons, moins rassasiantes que les aliments solides sucrés,
- lorsqu’il s’agit de fructose seul ou sous forme de saccharose, même si ces derniers points sont encore l’objet de discussions entre scientifiques.
Alors que d’autres enseignes font des efforts remarquables en terme d’offre, alors que des sociétés agro-alimentaires essaient d’améliorer la composition de leurs aliments et boissons, cette attitude va stigmatiser toute l’industrie agro-alimentaire et de la restauration.
Ce marketing démagogique est lamentable car il se fait au détriment de la santé des jeunes et en dépit du bon sens. Cela mériterait un boycott. La note de cette déviance sucrée serait salée…




L’argent n’a pas d’odeur. Les entreprises n’ont d’autres soucis que les profits. On ne peut pas soutenir le lobby agroalimentaire sans y perdre son âme. Dans le monde de l’obésité, qui ne sait que beaucoup ont perdu tout sens civique, comme il est dit plus haut… Un réel Comité éthique est à proposer aux plus hautes instances de l’Etat.