À la carte
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.
Il y a les années « menu ». On se retrouvait avec plaisir après la journée. Chacun y allait de ses histoires… C’était sympa, animé, vivant. En général, je préparais les repas. Et puis avec les activités des uns et des autres, on était de moins en moins souvent au complet. Alors, faire réchauffer, ça compliquait un peu tout. Les enfants ont encore grandi. Ils prévenaient ou pas, ils rentraient ou pas… Mon mari aussi d’ailleurs ! De plus en plus de réunions, de difficultés au travail, de moins en moins là… Les repas ensemble sont devenus des exceptions. Il a fallu s’adapter. Et ça a été dans le pire !
Je n’ai pas réussi à maintenir des repas équilibrés, les garçons râlaient quand ça leur tenait pas au corps… j’ai lâché parce que cuisiner des bons petits plats ça prend du temps et les voir se faire des pâtes, c’est un peu dur.
Quand les enfants sont petits, c’est plus facile. Après, pour les tenir, je sais pas comment font les autres mais moi, je n’ai pas réussi.
Cette une histoire banale. J’ai plein de gens autour de moi qui vivent la même chose… on regarde de plus en plus la télé à la place de discuter. On est de moins en moins autour de la table. Certains sont dans leurs chambres, ils n’ont pas envie de venir avec les autres, ils disent qu’ils travaillent… ils sont sur leurs ordinateurs, allez savoir.
Moi, c’est pareil à la longue, je me suis démotivée. Il faut toujours faire des efforts avec tout le monde. Se battre pour tout : les horaires de sommeil, les cigarettes, la nourriture, tout… J’ai changé, c’est clair. J’ai compris que je n’allais pas y arriver. Pas le bon moment.
Je fais les courses, je leur achète des trucs qu’ils veulent, ils écrivent sur la liste. Je ramène aussi des choses bonnes pour la santé, des fruits, des légumes. Je cuisine moins souvent, un peu le week-end. C’est l’évolution générale de la société. Et puis on vieillit aussi. On n’a pas envie de se compliquer la vie, ni de se battre contre les moulins…
J’ai vu des jeunes qui font n’importe quoi des années durant se ressaisir quand ils ont des enfants. Ils vont trouver leurs solutions, comme nous. Il faut avoir confiance ! On pourrait tout voir en noir. La sinistrose, ça sert à quoi ? C’est différent…
Je ne sais même pas si avant c’était mieux, à part qu’avant nous étions jeunes.



