L’enfant et son avenir pondéral en ligne de mire

Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.

Computadoras_y_ObesidadEn France, 18% des enfants sont en surpoids et parmi eux, 3,8% sont obèses. Ce nombre régresse légèrement en valeur absolue mais pas dans toutes les catégories sociales ou ethniques.

Définir l’obésité ou le surpoids chez l’enfant est très différent de l’approche que l’on peut avoir de cette problématique chez l’adulte. L’évolution staturo-pondérale de la population rend obsolète les références françaises des années 80 révisées en 1991. Depuis 2002 et avec les nouvelles courbes de l’IOTF (International Obesity Task Force), on différencie le surpoids de l’obésité. Avant, des jeunes se retrouvaient indûment classés en obèses alors qu’ils relevaient du simple surpoids. On parlait d’obésité degré 1 et 2. Il est heureux que ces courbes soient devenues moins anxiogènes pour les enfants et les parents. Le fameux indice de masse corporelle (IMC = poids divisé par le carré de la taille) est une notion dynamique chez l’enfant. On peut être obèse jeune avec un IMC considéré comme normal chez l’adulte (par exemple 19).

Sur les courbes retenues dans les carnets de santé, l’indice de masse corporelle augmente les 2 premières années de la vie puis diminue ensuite jusqu’à l’âge de 6 ans environ où il raugmente (on parle de rebond d’adiposité). Avoir un rebond d’adiposité plus précoce est un signe prédictif de surpoids ou d’obésité à l’âge adulte. Il faut par conséquent veiller à bien établir les courbes et à surveiller une progression trop rapide de l’IMC. Un changement de couloir (on passe rapidement d’une case à l’autre sur les courbes : on parle de percentiles) est un signe d’alerte et permet de distinguer un enfant à risque. Un enfant dont l’IMC est un peu au-dessus de la normale mais qui reste dans le même couloir d’IMC est moins à risque.

On évoquera plus facilement le poids de l’enfant par rapport au poids visé pour sa catégorie d’âge par rapport à la taille (PpT exprimé en pourcentage). Le calcul justifie l’emploi de courbes particulières. Le résultat normal est en dessous de 125%, le surpoids entre 125 et 150% et l’obésité au-delà de 150%, soit 50% du poids en plus par rapport au poids attendu pour la catégorie d’âge.

On ne doit pas affoler les parents sur un risque d’un surpoids ou d’une obésité sur la santé à court terme. La pénalité est surtout psycho-sociale. Les enfants peuvent être cruels les uns envers les autres. Il faut être attentif à tout décrochage scolaire d’un enfant rond. 3 enfants sur 4 sont stigmatisés à l’école.

On observe des gênes fonctionnels articulaires (le poids doit être porté) et des conséquences respiratoires : l’enfant peut ronfler bruyamment, ce qui peut le gêner en collectivité et peut aggraver un asthme préexistant. L’enfant peut aller jusqu’à présenter des apnées du sommeil dans parfois 20% des cas, ce qui est considérable. Le diabète de type 2 pédiatrique est rarissime en France mais il y a un risque ultérieur d’en voir un se développer en cas d’absence de prise en charge. La stéatose hépatique (en langage courant : le foie gras) est une notion souvent ignorée et parfois peu évoquée mais qui, elle aussi, justifie une surveillance attentive surtout pour épargner une dégradation ultérieure de la fonction. Elle concernerait 100% des obèses à l’échographie ! Chez les filles, les règles peuvent être perturbées et leur démarrage décalé. L’hypertension artérielle est très rare, les perturbations lipidiques fréquentes.

Je pense que l’une des erreurs absolues chez l’enfant est de le mettre au régime (j’entends lui interdire des aliments). L’autre erreur est de brandir la peur comme une arme. On doit faire de l’enfant son allié et ne pas le braquer au risque de le voir disparaître. Un élément important est de faire alliance entre la famille, l’enfant et le médecin. La bataille, on la mène tous ensemble ! L’enfant est un maillon de la prise en charge. La famille doit en profiter pour revoir ses règles hygiéno-diététiques. On ne contre indique le sport qu’exceptionnellement (par exemple en cas de maladie d’Osgood-Schlatter qui justifie un repos complet des genoux). Mais ne soyons pas dans le royaume des Bisounours : 20 à 50% des enfants obèses et, plus encore, les adolescents obèses (50 à 70%) le resteront à l’âge adulte. Les complications cardio-vasculaires et métaboliques apparaîtront à ce moment-là. Agir précocement est donc indispensable.

Le surpoids est facilement accessible aux simples règles de bon aloi, l’obésité sévère est très complexe à gérer. Les traitements médicamenteux sont inexistants actuellement. La chirurgie de l’obésité est très controversée chez les adolescents (on opère des mineurs que sur avis pluridisciplinaire exceptionnel). Donc, agir en amont est essentiel et la prévention devient prédiction chez des femmes à risque avéré d’obésité. L’éducation commence in utero.

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