Le fil rouge : corps et image
Certains membres du Think Tank ObésitéS ont décidé de mener une réflexion croisée autour de l’image du corps. Retrouvez ici leurs productions.
Les posts
- 10/11/2014 : Le poids de l’éthique
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.
- 19/11/2014 : Nos bodies are perfect
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.
- 25/11/2014 : La femme est plurielle comme le monde
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
- 04/12/2014 : Obésité et défilés de mode
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, spécialiste en endocrinologie et maladies métaboliques.
- 08/12/2014 : Que font les féministes ?
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.
- 11/12/2014 : Un travail sur l’image du corps qui s’annonçait prometteur
Par Sylvie Benkemoun, membre du Think Tank ObésitéS, psychologue clinicienne.
- 15/12/2014 : Les femmes rondes, vraies victimes de la mode ?
Par Solenn Carof, membre du Think Tank ObésitéS, sociologue et enseignante à Sciences Po Paris.
- 17/12/2014 : Que font les féministes ? Qu’en disent les religieux ?
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, spécialiste en endocrinologie et maladies métaboliques.
- 23/12/2014 : La mode XXL commence au 42 !
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.




J’interpelle tous les auteurs d’articles du Think Tank ObésitéS au sujet de l’émission de télé-réalité qui passe sur W9 : « Relooking Extreme ». Je trouve cette émission scandaleuse comme l’ont exprimé certains commentateurs et certaines associations de personnes obèses. Elle véhicule une image dégradante des personnes obèses, alimentant des stéréotypes déjà bien ancrés dans les esprits et véhiculant des idées scientifiquement et médicalement fausses sur l’obésité. Bref cette émission est à dénoncer et à boycotter. Nous avons à faire à un matracage médiatique hebdomadaire (voire plus) qui satisfait un voyeurisme malsain y compris de la part des personnes obèses chez lesquelles on entretient à la fois faux espoirs et masochisme. Je trouve que cette émission à un impact désastreux sur l’aide que l’on peut apporter aux personnes en souffrance avec leur poids, bien plus encore que l’image des mannequins maigres. Sauf erreur de ma part je n’ai relèvé aucun article sur le sujet dans vos rubriques.
Miss Monde, Miss France, Miss Camping sont des émissions scandaleuses ! Mais le Think Tank n’a pas vocation à devenir une police.
Ce n’est pas non plus un Haut Comité de Censure…
Il n’empêche que de nombreuses émissions soient tout à fait détestables…
Entre censurer et alerter, il y a une nuance.
Avez-vous seulement vu une fois cette émission ? Il ne s’ agit pas d’un concours de Miss. Des personnes en souffrance sont mises en scène d’une façon honteuse, leur santé physique et mentale risquant d’être aggravée. De plus cette émission exerce une fascination morbide auprès des téléspectateurs, y compris auprès de certaines personnes obèses à qui on veut prouver qu’avec de la volonté on peut arriver à ses fins. Tolérerait-on une émission où l’on ferait miroiter la guérison à des cancéreux grâce à un traitement fantaisiste ? Ce genre d’émission pose des questions d’éthique, tout comme la maigreur des mannequins en soulève aussi. Je ne comprends pas la légèreté de votre réponse pour un phénomène qui touche directement l’image et la santé des personnes obèses à laquelle le think tank est censé réfléchir.
Les racines de ce type d’émission se trouvent dans les Concours de Miss, ça commence par celui du Camping, cela va du plus local au plus mondial. L’idéal qui est valorisé, celui des apparences, celui d’un type physique, s’impose comme modèle d’identifications. De là découlent des comportements à risque. C’est pour cela que remonter bien en amont est nécessaire. Ce qui n’exclut pas de dénoncer telle ou telle émission, bien évidemment. Des millions de spectateurs pour Miss France, ça ouvre la voie pour des émissions comme celle dont vous parlez. C’est une erreur, d’après moi, de ne cibler que la conséquence sans s’intéresser, d’abord et avant tout à l’origine. Que ce soit pour le traitement d’une personne en particulier ou celui d’un phénomène social.
Il faut sans doute agir sur les représentations mentales suscitées par les défilés de mode et les concours de Miss. Certes l’idéal de minceur s’exprime sur les podiums et les couvertures de magazine mais c’est une conséquence de la peur de l’obésité, elle-même alimentée par des discours de santé publique ambigus et des émissions comme celle que je dénonce. L’action principale à mener est, à mon avis, contre la discrimination des personnes obèses à laquelle contribue davantage l’émission de W9 que les concours de Miss. Réglementer l’IMC des mannequins relève avant tout d’une mesure de protection contre l’anorexie et secondairement contre l’obésité. Se focaliser sur ce front risque d’exclure les personnes obèses du débat sur l’image du corps. De ce fait l’action autour du corps et de ses images devrait être multifocale : déconstruire l’idéal de minceur oui, mais lutter prioritairement contre les stéréotypes liés à l’obésité qui entraînent la discrimination, favoriser aussi la diversité des représentations corporelles.