Pauvres et gros
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.
En réaction à l’article « Obésité et pauvreté : les femmes en première ligne » de Nathalie Négro
Les études épidémiologiques se suivent et aggravent le verdict : quand on n’a pas de quoi s’acheter de bons produits, on devient de plus en plus gros.
Parce que les produits vendus par l’agroalimentaire, ceux qui calent, qui remplissent l’estomac, qui sont moins chers, sont des produits qui font grossir…
Parce que l’équilibre alimentaire est le cadet des soucis des gens qui en ont tant et tant…
Parce que penser le long terme ne peut s’envisager que lorsque demain est assuré…
Parce que chercher à faire plaisir aux gamins et leur acheter ce qui est « vu à la télé » dès que l’on a 4 sous, c’est jouissif…
Parce que compenser par des mets qui sont bons au goût, c’est beaucoup plus important quand on a peu de plaisir dans la vie…
ET… Parce que la norme des milieux défavorisés est différente : il y a même une opposition entre les milieux modestes et les milieux aisés. Les contraintes budgétaires de court terme prédominent. Les habitudes et les goûts des familles mènent aux consommations qui font prendre du poids.
Les messages des campagnes de santé publique sont plus adaptés à certains publics… Ils ne le sont pas pour ceux qui grossissent de plus en plus. Ils sont émis par des membres des classes sociales supérieures, ayant des codes et des préoccupations qui ne sont pas partagées par les classes sociales les plus fragiles. Les résistances sociales et psychologiques se renforcent mutuellement. Perdre du poids est encore associé par celles-ci à l’idée de maladie, à la mauvaise santé… Parfois s’y ajoute un désir de résistance au modèle occidental, de faire perdurer ses traditions culturelles et aussi culinaires. Plus il y a médicalisation et plus l’idée de perdre du poids va dans ce sens : perdre du poids c’est parce que cela ne va pas ! Attention aux effets pervers des informations.



J’avais vu un documentaire sur les nouveaux immigrants aux USA, des Africains notamment. Il était montré et expliqué que les jeunes de ces populations, très pauvres, mettaient un point d’honneur à consommer de la nourriture industrielle, de préférence sous emballage et passant à la télévision ; ils la prenaient comme un signe de leur appartenance à cette nouvelle culture moderne, tellement « »mieux » » que leur pays d’origine.
Un autre point.
Dans le cas de la sur représentation de l’obésité dans les classes sociales les plus basses, j’aurai tendance à aller jeter un oeil du côté des statistiques relatives à la mal traitance (des femmes notamment) pour établir d’éventuelles corrélations. Attention aux raccourcis, mais je pense qu’il y a matière à creuser…
Effectivement creusons !
Pour les populations d’origines étrangères, les 2 phénomènes opposés se constatent : le maintien culturel de la cuisine de là-bas en famille et la consommation de produits à la mode des pays d’accueil.
La force des firmes internationales ne se dément pas.
On sait tous que l’on trouve partout dans le monde une bouteille de coca ! Dans certains endroits reculés, il est même déconseillé de boire de l’eau car elle peut ne pas être potable et rendre malades les touristes…
En ce qui concerne la population précaire en France, j’insiste sur le désirable qui est différent que dans celle qui édicte les messages de prévention. Un hiatus se situe ici, car ne partageant pas les mêmes fondements, on ne risque pas d’être entendus…