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L’obésité, une maladie sociale

Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’institut Pasteur de Lille, spécialiste en Endocrinologie et maladies métaboliques.

En réaction à l’article « L’obésité se développe partout dans le monde » d’Arnaud Cocaul

thick-373064_640Le lien entre obésité et pauvreté n’est pas si simple que cela. Il faut d’abord distinguer grande pauvreté et faibles revenus. Dans le premier cas, le risque principal est plutôt la sous-nutrition que la suralimentation. Dans le second cas, le gradient d’obésité est inverse aux revenus. Mais la relation est linéaire, il n’y a pas de seuil. Au plus le revenu baisse, au plus la prévalence d’obésité est forte. C’est d’ailleurs un des facteurs prédictifs d’obésité les plus puissants.

La priorité est de cibler nos efforts sur cette population à risque plutôt que d’asséner des discours minceurs et de la restriction à tous. Cette dernière, lorsqu’elle est inappropriée, est un facteur de prise de poids.

Les causes de cette relation faibles revenus / obésité sont multiples. Elles évoluent dans le temps et dans l’espace. Il y a plus d’un siècle, la relation était inverse comme l’écrivait Paul Guth dans Jeanne la Mince : « en ce temps-là la graisse prouvait la réussite ». Aujourd’hui dans les pays pauvres ce sont les riches qui sont trop gros, mais dans les pays émergents la transition alimentaire se mue en transition pondérale puisque les riches deviennent minces et les pauvres deviennent gros ! A première vue la mesure de prévention la plus efficace serait d’enrichir les populations !

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Pauvres et gros

Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.

En réaction à l’article « Obésité et pauvreté : les femmes en première ligne » de Nathalie Négro

tomatoes-68788_640Les études épidémiologiques se suivent et aggravent le verdict : quand on n’a pas de quoi s’acheter de bons produits, on devient de plus en plus gros.

Parce que les produits vendus par l’agroalimentaire, ceux qui calent, qui remplissent l’estomac, qui sont moins chers, sont des produits qui font grossir…
Parce que l’équilibre alimentaire est le cadet des soucis des gens qui en ont tant et tant…
Parce que penser le long terme ne peut s’envisager que lorsque demain est assuré…
Parce que chercher à faire plaisir aux gamins et leur acheter ce qui est « vu à la télé » dès que l’on a 4 sous, c’est jouissif…
Parce que compenser par des mets qui sont bons au goût, c’est beaucoup plus important quand on a peu de plaisir dans la vie…
ET… Parce que la norme des milieux défavorisés est différente : il y a même une opposition entre les milieux modestes et les milieux aisés. Les contraintes budgétaires de court terme prédominent. Les habitudes et les goûts des familles mènent aux consommations qui font prendre du poids.

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Des paroles et des actes

Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.

En réaction à l’article « Obésité et pauvreté : les femmes en première ligne » de Nathalie Négro

Le lien entre la précarité et l’obésité rend compte d’un cisaillement de notre société. D’un côté, ceux qui peuvent accéder à une alimentation équilibrée mais coûteuse et à des soins médicaux et paramédicaux grâce à leur mutuelle. De l’autre, ceux qui accordent une part importante de leur petit budget à l’alimentation et ne peuvent guère déroger à une rigueur permanente. Certains vivent dans la précarité ce qui les oblige à avoir recours à des aides alimentaires.

Notre société va mal car elle n’est plus empathique. La solidarité est indispensable et nous devons garder en tête le serment d’Hippocrate. Il faut être à même d’aider nos patients en détresse afin qu’ils gardent un minimum de dignité. Il est temps d’agir par des actes et non par des paroles.

Obésité et pauvreté : les femmes en première ligne

Par Nathalie Négro, membre du Think Tank ObésitéS, diététicienne, responsable du Centre Nutritionnel des Thermes de Brides-les-Bains.

urlL’obésité continue d’augmenter dans les classes les plus pauvres de notre société, principalement chez les femmes. Je ne prétends pas en décrypter toutes les causes, mais voici quelques pistes qui méritent d’être mises en exergue et explorées plus avant.

D’un point de vue nutritionnel, outre la méconnaissance des différentes familles d’aliments, de ce qu’elles peuvent apporter à l’organisme et de l’équilibre alimentaire, le choix d’aliments denses en énergie pour les plus défavorisés s’explique : Lorsque l’on a un petit budget à accorder à son alimentation, on va à l’essentiel : se rassasier, maintenir la satiété. Cela exclut d’emblée les aliments nutritionnellement intéressants que sont les légumes et les fruits, mais pauvres en énergie.

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