TOC, blogs et toubibs
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
Depuis le début des années 2000, des communautés en ligne traitant des troubles du comportement alimentaire comme la boulimie et l’anorexie sont apparues sur la toile. Le contenu des sites est régulièrement disséqué. Il fait l’objet d’une soixantaine d’études publiées rédigées la plupart du temps par des médecins.
Un rapport « les jeunes et le web des troubles du comportement alimentaire » disponible sur anamia.fr (contraction de l’anorexie et de la boulimie dans le langage Internet) aboutit à la conclusion qu’Internet peut être utile dans la lutte contre les troubles du comportement alimentaire. On pouvait craindre l’inverse et penser que les sites faisant l’apologie des troubles comme l’anorexie, fleurissaient.
Selon l’étude Anamia, 559 sites ont été répertoriés en 2010 et 593 en 2012 (+ 34 sur 2 ans). Il s’agit d’une fourchette basse ne prenant pas en compte les réseaux communautaires comme Facebook.
Le coordinateur de l’étude, Antonio Casilli (sociologue à Télécom Paris Tech), trouve que ces sites ne glorifient pas les troubles du comportement alimentaire et ne font pas de prosélytisme. Mais le ton reste souvent provocateur voire choquant à travers les images publiées sur la toile. Cela inquiète certains psychiatres renommés tel que Gérard Apfeldorfer. La plupart du temps, il s’agit de jeunes filles décrivant les méthodes pour s’affamer ou maigrir en donnant le change auprès de l’entourage. On relève également des sites vantant le mérite du Thigh Gap (écartement entre les cuisses qui doit être optimal selon elles, afin de mieux ressembler aux mannequins).
La proposition de loi défendue par la députée UMP Valérie Boyer et visant à punir la promotion de la maigreur a été adoptée par l’assemblée nationale en avril 2008, mais elle s’est perdue dans la navette entre le Palais Bourbon et le Palais du Luxembourg (siège du Sénat) !
L’auteur de l’étude pense que la censure est contre-productive et ne sert qu’à renfermer dans un pré carré les communautés en souffrance.
La discussion entre internautes paraît être un moyen de leur conserver de la commensalité et d’éviter encore plus le repli sur soi si délétère. Les blogs permettraient de conserver une solidarité et une forme d’entraide en dehors du champ médical et familial. L’auteur pointe la défaillance du système médical qui ne répond pas toujours à l’attente de la personne souffrante. La disponibilité 24H sur 24 de la conversation sur Internet fait que l’aide peut être immédiate (à condition de trouver le bon interlocuteur !).
50% des internautes présentant un trouble du comportement alimentaire sont suivis par plusieurs professionnels de santé. Mais cela ne semble par leur suffire. Il faut donc que les professionnels de santé prennent acte de la défaillance partielle du système actuel et pour ce faire, que le soutien de nos patients via Internet soit plus évident. La prescription de sites par le professionnel de santé auprès de son patient peut donc être utile et fortement conseillée. Elle peut ainsi faire partie de nos prescriptions usuelles.


