Obésité : le poids des mots
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’institut Pasteur de Lille, spécialiste en Endocrinologie et maladies métaboliques.
« Obésité : la sédentarité plus fautive que la malbouffe » « L’obésité plus dangereuse que le tabagisme » titraient deux journaux récemment. Ah les titres ! Les raccourcis ne rendent pas vraiment service car c’est ce que l’on retient. Et ils sont vraiment trop schématiques… Pourquoi vouloir toujours comparer, effrayer, traquer les coupables ?
Le premier article est cependant intéressant. L’obésité progresse aux Etats-Unis alors que les apports énergétiques sont restés constants, dans l’équation infernale des deux « big two » comme les avait appelés Chaput (Obesity facts 2010) dans une publication il y a quelques années (alimentation, activité physique). La sédentarité a sans doute une part de responsabilité croissante. Ses causes sont elles-mêmes multiples : sociales, environnementales, psychologiques, culturelles… Mais on sait aussi que le surpoids entraîne une réduction de la capacité à bouger, même si à activité égale (mais c’est théorique) les « lourds » dépensent plus car ils ont plus de masse à déplacer.
Il est intéressant aussi d’indiquer que des travaux récents (Den Hoed, Am J Clin Nutr 2013) montrent qu’il peut y avoir à la moindre motivation pour bouger une part héritable donc héréditaire (pas seulement éducative par conséquent) et génétique. Mais cette étude doit aussi suggérer d’autres facteurs que les « big two » dans l’épidémie d’obésité. On peut citer : déficit du sommeil, flore intestinale, épigénétique, polluants, arrêt du tabac, stress social, agressions sexuelles… Pour ne citer que les derniers venus.
Quant à l’obésité plus dangereuse que le tabac, c’est un raccourci dangereux. Cela ne concerne que les obésités massives. Ne mettons pas tout dans le même sac !









