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L’obésité, une maladie sociale

Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’institut Pasteur de Lille, spécialiste en Endocrinologie et maladies métaboliques.

En réaction à l’article « L’obésité se développe partout dans le monde » d’Arnaud Cocaul

thick-373064_640Le lien entre obésité et pauvreté n’est pas si simple que cela. Il faut d’abord distinguer grande pauvreté et faibles revenus. Dans le premier cas, le risque principal est plutôt la sous-nutrition que la suralimentation. Dans le second cas, le gradient d’obésité est inverse aux revenus. Mais la relation est linéaire, il n’y a pas de seuil. Au plus le revenu baisse, au plus la prévalence d’obésité est forte. C’est d’ailleurs un des facteurs prédictifs d’obésité les plus puissants.

La priorité est de cibler nos efforts sur cette population à risque plutôt que d’asséner des discours minceurs et de la restriction à tous. Cette dernière, lorsqu’elle est inappropriée, est un facteur de prise de poids.

Les causes de cette relation faibles revenus / obésité sont multiples. Elles évoluent dans le temps et dans l’espace. Il y a plus d’un siècle, la relation était inverse comme l’écrivait Paul Guth dans Jeanne la Mince : « en ce temps-là la graisse prouvait la réussite ». Aujourd’hui dans les pays pauvres ce sont les riches qui sont trop gros, mais dans les pays émergents la transition alimentaire se mue en transition pondérale puisque les riches deviennent minces et les pauvres deviennent gros ! A première vue la mesure de prévention la plus efficace serait d’enrichir les populations !

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Spécial journée de l’obésité : si j’arrête de fumer, vais-je forcément grossir ?

A l’occasion de la journée européenne de l’obésité (vendredi 23 mai), les professionnels du Think Tank ObésitéS apportent leurs réponses aux questions les plus souvent posées par leurs patients. Premier éclairage avec Nathalie Négro, membre du Think Tank ObésitéS, diététicienne, responsable du Centre Nutritionnel des Thermes de Brides-les-Bains.

Si j’arrête de fumer, vais-je forcément grossir ?

Ce n’est pas inéluctable (environ 30% des ex-fumeurs ne prennent pas un gramme) mais il y a un risque : la plupart prendra entre 2 et 4 kg (ce qui correspond au poids que l’ex-fumeur aurait pesé s’il n’avait jamais commencé) et environ 10% prendront plus de 13 kg.

Le fait de fumer modifie beaucoup de paramètres dans notre corps. La nicotine modifie le métabolisme de base : au repos, on dépense plus d’énergie quand on est fumeur.

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La nutrigénétique passe à la vitesse supérieure

Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’institut Pasteur de Lille, spécialiste en Endocrinologie et maladies métaboliques.

dna-239263_640La découverte très récente par des généticiens - dont Philippe Froguel de l’Institut Pasteur de Lille - d’une interaction génétique/alimentation est une avancée très importante.

Jusqu’ici on savait que la capacité à prendre du poids, pouvait être liée à une prédisposition génétique intervenant par exemple sur le métabolisme énergétique, sur l’attirance pour certains nutriments via la génétique du goût, ou sur d’autres traits impliqués dans le comportement alimentaire.

Cette étude a montré que certains sujets avaient génétiquement une amylase salivaire moins fonctionnelle. Cela les conduit à moins digérer l’amidon. Cette notion est associée à une très nette augmentation du risque d’obésité. Il s’agit vraiment d’une interaction gène-nutrition expliquant (partiellement ou en totalité) l’inégalité entre individus à alimentation égale.

Il reste à en comprendre le mécanisme : soit le déficit de digestion de l’amidon modifie les signaux de rassasiement et/ou de satiété, soit cet amidon non digéré parvenant au niveau du colon modifie la composition et/ou l’activité de la flore intestinale. De plus en plus, ces facteurs sont considérés comme majeur dans les maladies métaboliques.

L’obésité, résultante d’une inégalité métabolique vis-à-vis de l’alimentation

Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’institut Pasteur de Lille, spécialiste en Endocrinologie et maladies métaboliques.

En réaction à l’article « Manger dans le métro » de Catherine Grangeard

Paris_Metro_SignCet histoire de personnes obèses photographiées dans le métro en train de manger est un peu dramatique. Elle me fait penser à celle de ce patient obèse me racontant qu’il n’osait plus manger dans la rue depuis que des enfants et leurs parents s’étaient retournés sur lui en s’exclamant : « dis maman t’as vu le gros » ; « oui, et en plus il mange ».

Cette intolérable jugement nait, espérons-le, d’une méconnaissance plus que d’une méchanceté. Alors que cette autre initiative récente dans un pays anglo-saxon visant à humilier un gros pour le faire changer d’attitude, est à égalité le fruit de la bêtise et de la méchanceté.

Œuvrons pour faire comprendre que l’obésité est la résultante d’une inégalité métabolique vis-à-vis de l’alimentation pour des raisons génétiques et épigénétiques d’une part et pour des raisons psychosociales d’autre part. Puis, que cette maladie évolue ensuite pour son propre compte du fait d’altérations profondes des boucles tissu adipeux – cerveau – intestin et cerveau – tissu adipeux.

Œuvrons surtout pour que la bienveillance entre les hommes se répande et que la défense des plus faibles, fussent-ils forts (!), soit le guide de notre société.

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