Obésité : l’épouvantail made in US
Par Sylvie Benkemoun, membre du Think Tank ObésitéS, psychologue psychothérapeute spécialiste des questions d’obésité.
Nos voisins d’Outre Atlantique ne sont pas avares d’études montrant très régulièrement combien les personnes obèses ne savent ni s’alimenter, ni bouger. N’est-ce pas le pays des « coachs potatoes » et autres dénominations alimentant, s’il en était besoin le regard culpabilisant sur une portion non négligeable de la population mondiale. Un rapport du Centre Américain de Contrôle et de la Prévention des Maladies propose le résultat d’une étude portant sur le niveau d’activité physique de 2600 personnes obèses.
Les femmes obèses feraient moins d’une heure de sport par an contre 3,6h pour les hommes en surpoids. Un constat qui ne manque pas de pointer du doigt la responsabilité de ces personnes si sédentaires alors qu’une activité physique modérée de 2h30 par semaine est recommandée.
Comment ne pas s’indigner, face à de tels résultats alimentant un imaginaire déjà hostile aux personnes non conformes ? Les médias relayent régulièrement les résultats de ce type d’études alimentant son aspect sensationnel et discriminant.
Mais à y regarder d’un peu plus près, que testait cette étude ? L’activité modérée préconisée pour les personnes en surcharge pondérale telle que la marche ou le vélo ? A ce stade, elle aurait pu être intéressante mais il était question… de l’évaluation d’un sport intense tel que le jogging ou la corde à sauter. Or ces activités sont non seulement difficiles pour les personnes obèses mais elles ne sont pas recommandées pour leurs articulations.
Une fois encore une étude inutile mettant au ban de la société des personnes en difficulté en les disqualifiant de façon grossière. Ne serait-il pas temps de proposer aux médias une charte éthique pour cesser ce martèlement mortifère ?
Source
U.S. Centers for Disease Control and Prevention.
SOURCES: Edward Archer, Ph.D., research fellow, Nutrition Obesity Research Center, University of Alabama at Birmingham; John Jakicic, Ph.D., professor and chair, department of health and physical activity, and director, Physical Activity and Weight Management Research Center, University of Pittsburgh; December 2013 Mayo Clinic Proceedings
Un article américain à ce sujet :
http://consumer.healthday.com/fitness-information-14/aerobics-or-calisthenics-health-news-239/average-obese-woman-gets-just-1-hour-of-exercise-per-year-study-684974.html
Les réactions au post de Sylvie Benkemoun
- Le terrorisme des régimes cède le podium aux sports
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité. - On est gros car on le veut bien
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.



Il est certains que l’obésité, en tant que champ de la connaissance, est gangrénée par des corrélations mathématiques stupides et nimbées d’idéalisme pour marketer de produits de régime.
Heureusement, il arrive encore que le marketing nous propose des messages un peu plus sympathique, même si il s’agit encore de vendre quelque chose sur le dos des obèses :
PS: Je ne sais pas si le lapsus à « coachs potatoes » est volontaire, mais il ne manque pas de saveur. Un coach est un entraineur sportif, et sinon l’expression correcte est « couch potatoes » (couch=canapé) ce qui ne l’empêche pas d’être une expression tout aussi détestable, même avec le bon mot.