L’obésité, qu’est-ce que c’est ?
Par Nathalie Négro, membre du Think Tank Obésités, diététicienne, responsable du Centre Nutritionnel des Thermes de Brides-les-Bains
Par définition, l’obésité est un excès de masse grasse dans l’organisme. En pratique, comment la diagnostique-t-on ? Beaucoup de professionnels de santé utilisent l’IMC, le fameux Indice de Masse Corporelle : il se calcule de façon très simple, en divisant le poids (en kg) par la taille au carré (en m²).
Cet indice est corrélé aux risques de surmortalité et de morbidité (risque d’apparition de maladies) liés au poids. L’ennui, c’est qu’il ne tient absolument pas compte de la masse grasse de la personne mais seulement de son poids. Prenons un rugbyman : tout en muscles, il est lourd. Pour peu qu’il soit petit, son IMC est impressionnant et dépasse largement les 25 kg/m² admis pour être « normo-pondéral » pour un adulte avant 65 ans. Il sera alors classé comme « obèse » ; aura-t-il pour autant un excès de masse grasse ? Non bien sûr. Aura-t-il, pour ne citer que lui, un risque de maladie cardiovasculaire accru ? Pas nécessairement, tout dépend des autres facteurs de risque.
Cet exemple illustre bien les limites du calcul de cet IMC, qui a d’ailleurs été conçu pour étudier des populations, et non des individus isolés. En outre, il varie selon l’ethnie et selon l’âge : ainsi, la courbe des personnes d’origine asiatique est décalée vers la gauche, car ils sont de plus faible corpulence que les Caucasiens. A l’inverse les Néo-zélandais ou les Hawaïens voient leur IMC « normo-pondéral » décalé vers la droite. De même, après 65 ans, la courbe se décale légèrement vers la droite : ainsi, au-delà de cet âge, une femme européenne a une espérance de vie plus longue si elle a un IMC entre 22 et 27 kg/m² qu’en-dessous. En effet, cela signifie souvent qu’elle subvient à tous ses besoins nutritionnels ; elle résistera mieux à une maladie, craindra moins l’ostéoporose.
Bref, l’IMC est tout à fait insuffisant (voire nuisible pour le moral des personnes ainsi « cataloguées ») pour définir une obésité.
Comment faire alors ?
Diverses méthodes existent : mesure des plis cutanés, IRM, impédancemétrie bio-électrique… J’y vois un intérêt immense, celui de déculpabiliser nos patients. Certaines personnes rencontrées en consultation me font part d’un excès de poids remontant à l’enfance ; on les a toujours trouvées rondes comparées aux autres. Une mesure d’impédancemétrie nous apprend que certes, elles présentent un excès de masse grasse, souvent développé à la faveur des multiples régimes qu’elles se sont infligées, mais elles possèdent surtout une masse maigre (osseuse, musculaire) importante. Les 50 kg pour 1.60m, ce n’est pas (et cela n’a jamais été) pour elles. Soulagées, elles sont alors ouvertes pour aborder leurs habitudes alimentaires.
D’autres, à 50 ou 60 ans voudraient retrouver le poids de leurs 20 ans mais en prenant du poids, ils ont développé leur masse maigre en même temps que leur masse grasse. Ces mesures nous permettent de leur montrer ce qu’il en est vraiment et de les amener à des objectifs raisonnables.
Et puis, quand on parle d’obésité, on devrait surtout parler d’obésités, car elles sont différentes selon leur origine, la localisation de la masse grasse, le vécu de la personne concernée… Mais cela, c’est encore une autre histoire.









