Nanoparticules alimentaires : l’infiniment petit aux maxi conséquences sanitaires ?
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
Notre alimentation est de plus en plus éloignée du petit producteur et de la campagne bucolique.
La manufacturation semble nécessaire afin de répondre aux besoins journaliers des consommateurs de plus en plus nombreux à vivre en zones urbaines. On évoque régulièrement la problématique des perturbateurs endocriniens qui se chiffrent à plus de 800. On connaît leur toxicité potentielle. On a identifié leur responsabilité probante dans l’émergence de certains cancers, maladies cardio-vasculaires et métaboliques comme les obésités et le diabète.
On doit se pencher également sur des particules particulières baptisées nanoparticules (leur dimension est de l’ordre du nanomètre*). Elles sont couramment utilisées dans de nombreux produits de consommation en raison de leurs propriétés spécifiques qui allient leur très petite taille, leur faible masse mais aussi une surface proportionnellement considérable. Les emballages alimentaires en contiennent ce qui permet d’améliorer la transparence et d’offrir une meilleure résistance.
De plus, grâce à ces nanoparticules, les emballages deviennent autonettoyants et antimicrobiens. On n’a rien à y redire, c’est formidable ! On a compris évidemment que le risque d’échange de particules entre l’emballage et l’aliment est réel et difficilement évaluable et mesurable. On voit arriver des matériaux intelligents sur les emballages. Ce sont des bio indicateurs permettant de s’assurer que l’aliment conditionné ne développe pas des toxines pathogènes comme la listéria.
On suit ainsi l’évolution de l’aliment depuis la mise en conditionnement en passant par le stockage, le transport et l’arrivée finale sur la table du consommateur. Cela paraît fascinant et réellement un progrès sur l’optimisation de la sécurité alimentaire. Mais quid des échanges matériaux/aliments ?
Que penser également de ces nano-émulsions servant à enfermer des molécules fragiles telles les vitamines ou même les arômes afin que les enzymes digestives ne les altèrent pas. On imagine facilement le risque d’une absorption inappropriée du principe actif transporté au niveau des cellules intestinales. Là encore, impossible à quantifier. Nous sommes dans la supputation la plus complète et je dirai même, dans le brouillard londonien.
Supputons toujours en ce qui concerne une éventuelle toxicité de nanoparticules issues de métaux (les nanoparticules métalliques). Leur utilisation paraît ancienne. Elles sont autorisées depuis longtemps, tel le dioxyde de silice qui apparaît sur les emballages comme additif alimentaire (E551). On peut également citer le dioxyde de titane (E171). Les autorisations obtenues sont anciennes. Si elles concernaient les produits chimiques, elles ne prenaient pas compte l’évolution technologique. Ainsi, la mise en place de ces nanoparticules n’a fait l’objet d’aucune demande d’autorisation préalable et donc d’aucun test d’innocuité. La FDA est quasiment la première administration à s’être penchée sur la régulation des nanotechnologies. L’Europe est encore à la traîne. A décharge, l’évaluation est très complexe à faire quand il s’agit d’impact alimentaire.
Chaque être est une entité. Donc chacun d’entre nous ne réagissons pas de la même manière : l’impact des nanoparticules sur le corps ne sera pas le même.
Ces particules sont susceptibles de générer un stress oxydatif et de provoquer des réactions inflammatoires à bas bruit dans le corps. Certaines pathologies inflammatoires à bas bruit comme l’obésité ou le diabète sont peut-être susceptibles d’être favorisées par ces particules consommées au long cours même à des doses semblant minimes.
C’est l’effet chronique qui est à explorer (on n’évoque pas le problème de la toxicité aigüe). Qu’en est-il chez la femme enceinte ? Y a-t-il un risque de perturbation et d’altération du programme épigénétique de l’enfant qui s’installe dans la période périnatale ? Y a-t-il des conséquences sur le poids et le déterminisme de certaines obésités ?
En tout cas, la vigilance s’impose. Nous devons être des lanceurs d’alerte.
* Un nanomètre = un milliardième de mètre = 10-9 m.









