Moi, moche et méchant(e) ?
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
La Corée du Sud développe un appétit frénétique en ce qui concerne tous les produits de beauté féminine. Être belle est considéré comme une arme d’ascension sociale. On se doit d’appartenir au groupe des beaux et la négligence d’une mèche rebelle sera impitoyablement sanctionnée par le regard sombre des autres.
Les Coréennes sont très tôt mises au parfum car dès la naissance, on leur inculque le sens du paraître beau. On doit viser la perfection esthétique et ainsi atteindre le sommet de la hiérarchie pyramidale familiale et sociétale.
On enseigne aux jeunes filles coréennes le devoir d’être belle ce qui permet de réussir sa vie, d’optimiser ses chances de trouver un travail et également un mari. Pas de place à l’improvisation et à l’interprétation des critères de beauté afin de lutter contre toute émancipation, on affiche sur des panneaux publicitaires dans Séoul les modèles de beauté.
On met en avant le teint pâle proche de la porcelaine, le front est légèrement bombé, les cils bien recourbés, on évite de donner aux yeux un côté complétement bridé. Le nez est fin et surtout pas retroussé, la bouche a la forme d’un cœur, le bas du visage doit être en V. Les cheveux ne sont pas noirs jais mais finement décolorés dans des tons auburn. Cela requiert souvent de passer par la chirurgie plastique car les Coréennes, par nature, ont les yeux plutôt bridés et un visage rond. Ce changement de visage paraît récemment orchestré dans la société coréenne car dans les années 80, certains mannequins avaient les mentons arrondis et les yeux bridés.
Les Coréennes appliquent en moyenne 5 produits pour la peau et 5 pour le maquillage chaque matin ! Cela laissera rêveur les industriels français de la cosmétique !
La compétition entre les individus fait rage dans ce pays où a émergé une classe moyenne très importante. Le plus se fera par le physique. L’excellence passe par la chirurgie plastique que l’on offre comme une séance d’orthodontie dans notre pays. Ainsi, le débridement des yeux est désormais monnaie courante. On assiste au clonage d’adolescentes sur le modèle de starlettes de cinéma ou de télé-réalité. Les Coréennes complexent encore face aux occidentales. Les hommes coréens voient en ces femmes embellies un concurrent dangereux et explosent eux aussi leur budget mensuel consacré aux produits de beauté.
Tout cela semble se décliner également pour le poids. Un temple de l’amincissement vient d’ouvrir depuis septembre 2013 dans Séoul. On vous fait une exploration 3D de votre corpulence et évidemment on vous sort et on vous sert un cocktail personnalisé avec des compléments alimentaires, des séances détox, un coach etc.
Le laboratoire que représente la Corée du Sud ne demande qu’une chose : s’étendre sur tous les continents et être décliné à foison. Le clonage commence. La société parfaite est en marche. Vous y êtes ou vous en êtes exclu ! Il ne fait pas bon être trop gros, trop moche en Corée… et peut-être partout dans le monde bientôt !
Hatsune Miku, la « vocaloïde » japonaise (véritable icône dans son pays d’origine) de l’opéra contemporain THE END visible en Novembre 2013 au théâtre du Chatelet à Paris, préfigure cette virtualisation de la femme idéale. On arrive au stade ultime, il n’y a plus d’humain mais seulement une représentation virtuelle de la femme idéale : évidemment jeune, à la peau lisse, fine, svelte, jolie, dotée d’une belle voix et peut-être immortelle.










La normalisation induit des comportements qui mettent en danger à la fois les individus et la société au final. Peau pas assez claire, pas assez lisse donc recours à des produits peut-être dangereux à terme ou trop de kilos donc recours à des régimes qui sont nocifs, c’est le même processus.
Discrimination à l’égard de ceux qui n’ont pas l’apparence voulue car cela montre une certaine rébellion au-delà des arguments de santé, d’image etc…
ATTENTION ! les esprits s’habituent. résister n’est plus possible quand la spirale est enclenchée. L’obésité est un sujet qui dépasse, de loin, les kilos.
Le conformisme de l’apparence , un désir mimétique qui touche même les personnes non conformes. Etre gros, oui mais avec une silhouette et des préoccupations les plus proches possibles des personnes au poids standard. Et pourtant quoi de plus varié que ces silhouettes pléthoriques !
Silhouettes en poires, pommes , en 8, en X, en H et j’en passe. On pourrait s’imaginer qu’avec une telle diversité, les femmes grosses pourraient se passer d’un conformisme si tyrannique et s’inventer sans modèles.
Mais c’est sans compter avec le besoin d’appartenance et l’œil qui juge, évalue et rejette. Ce serait oublier qu’une femme grosse est souvent considérée comme une femme de deuxième choix, plus mère que femme, plus bête qu’intelligente, moins performante.
Alors quelle voie choisir: celle de la contestation, de la provocation et de l’affirmation de sa différence? Ou bien montrer qu’une femme grosse peut être belle, séduisante, attirante en mimant ce qui se fait pour les femmes minces?
Actuellement, la seconde voie semble être prédominante. Entre concours de miss, conseils de beauté et valorisation de l’apparence il semblerait que la résistance s’essouffle. Il faut dire que la pression augmente et l’intolérance avec.
Aux USA, un groupe de machos propose même la semaine du" body shaming"
Le concept: Humilier les femmes grosses par tous les moyens.
Sur le site et les réseaux sociaux – conseils sadiques comme trainer une jeune fille « grosse » durant des heures dans des magasins où il n’y aura pas sa taille, lui proposer de faire du vélo pour la faire transpirer et la mettre mal à l’aise, lui faire passer toute une journée sur une chaise trop étroite, la séduire et lui dire qu’elle est trop grosse pour être embrassée, etc.
Maigrir, se conformer, en dépit des échecs, une réponse qui a encore de beaux jours devant elle tant la pression est forte et les injonctions prégnantes…