Conserver son poids en vieillissant
Par Nathalie Négro, membre du Think Tank Obésités, diététicienne, responsable du Centre Nutritionnel des Thermes de Brides-les-Bains
Différents journaux font état aujourd’hui d’une étude parue dans le bulletin épidémiologique en juin 2013 (Maigreur, obésité et perte d’autonomie chez les personnes âgées à domicile en France : l’enquête nationale Handicap-Santé volet « ménages »). Celle-ci analyse le lien entre l’état pondéral des personnes âgées de plus de 75 ans et la perte d’autonomie. Les résultats sont sans appel : les individus souffrant de maigreur ou d’obésité ont plus de risque d’être placés en maison de retraite médicalisée, sont davantage sujets aux infections, au déclin cognitif…
Une précision s’impose :
A cet âge, la courbe d’Indice de Masse Corporelle (IMC) se déplace vers la droite ; autrement dit, la fourchette pour laquelle le risque est minimal pour la santé se situe entre 21 et 27 kg/m². Aussi, lorsque l’on parle de maigreur, il s’agit d’un IMC inférieur à 21 kg/m² et non à 18.5 kg/m². Pourquoi ce décalage me direz-vous ? Un poids faible est aussi synonyme de peu de réserves énergétiques, primordiales en cas de maladie. Or, plus on avance en âge, plus le risque de maladie augmente. De même, il peut être lié à des apports nutritionnels (protéines, vitamines, minéraux) insuffisants : la masse maigre sera moins renouvelée, le système immunitaire déficient… Toute perte de poids injustifiée doit inciter à consulter. Le seuil d’obésité reste fixé à 30 kg/m², mais concernant le surpoids, l’augmentation du risque pour la santé ne débute qu’à partir de 27 kg/m².
En pratique, que faire pour conserver un bon état nutritionnel et un poids cohérent ?
- Lutter contre le dégoût progressif à l’encontre des produits carnés : il peut intervenir par des problèmes de dentition, par la croyance erronée que plus on vieillit, moins on a besoin de manger, ou par simple manque d’appétit. Optez alors pour les œufs, les poissons, les viandes hachées ou mijotées, plus tendres. On peut les masquer facilement en les mélangeant à des légumes ou des féculents (bolognaise, hachis Parmentier, flan de légumes). Pour une meilleure assimilation, privilégiez leur consommation en première partie de journée.
- Insister sur une consommation suffisante de produits laitiers (3 par jour en moyenne) : sous prétexte que la croissance osseuse est terminée, l’avancée en âge s’accompagne souvent d’un déclin de la consommation de laitages. Pourtant, ce sont entre autres de bons pourvoyeurs de protéines, nécessaires au maintien de la masse musculaire. Là encore, il est facile de les cacher dans un gratin, une purée… Rien n’empêche aussi, si l’appétit décroît, de créer des collations.
- Ne surtout pas entamer de régime trop restrictif, même en cas d’obésité, car à cet âge, l’appétit diminue rapidement ; la personne âgée risque alors de ne plus manger suffisamment et de se dénutrir : elle restera obèse mais n’aura plus suffisamment de masse musculaire, ce qui l’entraînera dans un cercle vicieux de perte de mobilité, d’infections à répétition…
- Les repas ne comporteront pas nécessairement d’entrée, pour correspondre à une faim moins intense mais toutes les familles d’aliments devront être présentes.
- Pour répondre à l’appétit souvent plus prononcé pour le sucré, aromatisez les laitages avec de la confiture, de la compote, terminez le repas avec un carré de chocolat, remplacez de temps à autre les féculents par des biscuits…
- Se peser régulièrement, le matin, à jeun, la vessie vide, pour consulter son médecin au plus vite si le poids varie sans raison apparente.
- Et surtout conserver une activité physique régulière, par une marche quotidienne, qui maintient à la fois le lien social et entretient la masse musculaire.







