Pas encore pubère dans la tête
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.
La presse a repris le 4 novembre 2013 une info mise en ligne dans Pediatrics.
9,7 : c’est l’âge moyen de début de puberté chez les fillettes blanches et asiatiques. Le développement des seins (1er signe de puberté) démarre encore plus tôt chez les petites africaines (8,8 ans) ou hispaniques (9,3).
Le rajeunissement de la puberté (physique) est mis en relation avec l’augmentation de l’obésité depuis des décennies. Les perturbateurs endocriniens ont été également avancés comme en étant à l’origine.
Devenir « jeune fille » quand on est encore une enfant à l’école primaire a des conséquences psychiques. Le regard des autres sur une poitrine naissante met souvent mal à l’aise. Il y a dissociation entre le corps et la mentalité de l’enfant. A moins de 10 ans, la puberté physique a-t-elle un effet sur les préoccupations de la petite fille ? Pas encore sortie de l’enfance mais les autres voient une adolescente et sexualisent la relation par les regards et les remarques.
Le décalage entre le corps et le vécu psychique crée une confusion et un malaise. Ce ressenti sera plus ou moins prononcé, plus ou moins assumé. Parfois, la sexuation tentera d’être niée. L’anorexie gomme la féminité, l’obésité aussi en quelque sorte. Ce sont de mauvaises solutions pour un vrai problème. Vue sous cet angle, l’approche thérapeutique ne peut s’y attaquer directement, avant de résoudre en amont les raisons ayant entraîné ces solutions…
Alors, le plaisir de devenir une femme est hypothéqué. L’avenir se colore d’inquiétudes. Trop tôt, la période de latence de l’enfance s’éloigne et la fillette n’est pas prête pour l’érotisation des rapports que son corps suscite chez certaines autres personnes. Les réflexions se joignent aux regards, elles ne sont pas tout à fait comprises car elles sont en désaccord avec les centres d’intérêt de cet âge. Elles sont déplacées au regard de l’âge réel de l’enfant.
Assumer son corps devient compliqué. En arriver à l’investir forcément également. Parfois, la fillette pense que c’est à cause de son corps que sa vie a basculé. Elle ne se sent plus tranquille. Mal dans sa peau, dit-on !







