Messages de santé publique et réalité
Par Nathalie Négro, membre du Think Tank Obésités, diététicienne, responsable du Centre Nutritionnel des Thermes de Brides-les-Bains
Les différents Programmes Nationaux Nutrition Santé (PNSS) nous incitent à consommer 5 fruits et légumes par jour, à faire du sport… C’est en effet essentiel pour notre santé. Mais ces messages sont-ils bien compris et est-il si facile de les appliquer au quotidien ?
Prenons l’exemple des 5 fruits et légumes par jour, puisque c’est le plus connu. D’abord, une petite mise au point : 1 portion de légumes, dans le cadre du PNSS, c’est 90g et une portion de fruits, 80g. Autrement dit, lorsque l’on mange une assiette moyenne de haricots verts ou d’épinards, on atteint déjà deux portions de légumes. La pomme, elle, équivaut à deux portions de fruits. De quoi en rassurer plus d’un sur sa consommation !
Mais lorsque les repas sont pris hors domicile (environ 15% des repas principaux, selon une étude du CREDOC et France AGRIMER de 2010), est-il si facile de manger des légumes et des fruits ?
Soucieuse d’aider mes patients à trouver des solutions à leurs difficultés et sans doute un peu naïve, lorsque quelqu’un me dit manger au restaurant chaque jour, il m’arrive souvent de lui conseiller de demander à avoir une garniture de légumes et de féculents, voire même, si on lui propose systématiquement des frites ou un gratin dauphinois, de demander des légumes à la place et de manger du pain avec. En dessert : une salade de fruits, une faisselle avec un coulis feront l’affaire. Comme l’équilibre se fait sur une semaine à 10 jours, pas de problème, on complète avec ce qui manquait et on diminue ce qui était en excès le soir, ou le lendemain…
Sur le papier, c’est simple. Oui, mais tout dépend de là où on déjeune. Ainsi, à la demande de légumes en remplacement de frites dans un restaurant à Lyon, un jeune homme s’est vu rétorquer, « la clinique, c’est au bout de la rue ». A Paris cette fois, à la même demande, un restaurateur a répondu : « oui, je peux vous le faire, mais vous allez vous endetter à vie ! ».
- Une salade alors ?
- Non monsieur, on ne fait pas de ça ici.
- Les lentilles qui accompagnent le plat du jour dans ce cas ? Ça, vous avez non ?
- (silence). Bon d’accord, je vais vous donner des lentilles.

Évidemment, inutile de chercher des fruits sur la carte des desserts. Ouf, un fromage blanc. Bref, vous l’aurez compris, surveiller son alimentation, que ce soit pour sa santé ou son poids, n’est pas toujours une sinécure.
Loin de moi l’idée de jeter l’opprobre sur les restaurateurs, je voulais juste attirer votre attention sur le fait qu’il est simple de faire des recommandations et beaucoup moins de les mettre en pratique. A l’inverse, certains interprètent ces messages comme une incitation à manger pléthore de fruits et légumes (5 fruits et 5 légumes). Il m’arrive fréquemment de recevoir en consultation des personnes qui mangent des fruits dès qu’elles ont une petite faim et qui, pour se « caler » au repas, consomment 500g voire davantage de légumes à chaque repas. Avec bien sûr toutes les conséquences comportementales et digestives que cela implique.
Tout cela m’amène à douter de l’efficacité de ces messages généraux qui s’adressent à une population non ciblée, voire même à les redouter.








C’est toute la problématique des messages de santé en population. Effectivement, on ne sait jamais comment ils sont reçus et interprétés, et même s’ils sont reçus, quels impacts ils auront, positif, neutres ou négatifs, à court, moyen et long terme. Il faut aussi faire la différence entre prévention primaire (population générale) et prévention secondaire (patients porteurs d’une affection : obésité, diabète, …) : ces messages et campagnes n’ont le plus souvent pas la même réception et les mêmes effets. Tout ceci doit nous inciter à la plus grande modestie dans les actions de santé publique, et dans nos actions en tant que professionnels de santé. Néanmoins, faut il éviter pour cela de diffuser tout message de santé publique ? Sans doute non, et il est important de continuer à travailler et questionner les éléments qui permettent à chacun d’avancer tout en tenant compte des aspects de santé. Merci pour cette invitation à la réflexion.