Etiquetage alimentaire : qu’attend l’Europe ?
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
L’Europe n’agit toujours pas en ce qui concerne l’étiquetage alimentaire
Les scandales alimentaires s’accumulent. Le dernier en date : des maquignons, des vétérinaires et des bouchers ont été mis en garde à vue en décembre 2013 pour avoir blanchi la traçabilité d’animaux en substituant de vieux carnets d’authentification afin de les rendre propres à la consommation. On est dans un autre registre que l’affaire des lasagnes au cheval de mars 2013.
Dans le second cas, il s’agit de tromperie sur la nature de la marchandise s’étendant à un grand nombre de pays européens, mais il n’y avait pas de risque pour la santé. On nous mentait ce qui est déjà fortement répréhensible. Dans le premier cas, on a affaire à un risque sanitaire. On nous fait manger des chevaux impropres à la consommation issus entre autre de la recherche pharmaceutique. Ils n’auraient jamais dû finir à l’abattoir et donc dans nos assiettes. On attendait de ce fait une réponse vive de nos autorités politiques françaises mais également européennes.
L’UFC Que Choisir a rempli le 9 décembre, son cabas de 91 produits précédemment incriminés dans les scandales sanitaires (type lasagnes, hachis Parmentier, raviolis, sauces bolognaises). 60% des produits du cabas ne mentionnent toujours pas leur provenance. Le projet de loi visant à rendre obligatoire le pays d’origine pour toutes les viandes et produits carnés dérivés dépendait de la décision de la Commission européenne à rendre cette injonction compatible avec le droit européen. Les lobbyistes européens pouvaient encore manœuvrer à Bruxelles.
Le rapport européen a finalement été publié le mardi 17 décembre. Mais il ne tranche pas et propose 3 scénarii : le premier maintient l’indication de l’origine de la viande sur une base purement volontaire. Le second introduit l’indication concernant la production dans l’Union Européenne ou à l’extérieur de cette zone. Le troisième rend obligatoire l’indication du pays d’origine. Mais pour ce dernier scénario, le rapport invoque un surcoût pour l’industriel de 20 à 50%, ce qui paraît exorbitant pour un quidam comme moi. L’industrie agro-alimentaire brandit cet argument du surcoût économique lié à l’étiquetage obligatoire et tend à freiner tout progrès dans le sens du consommateur. Le risque de boycottage des produits et donc la crise économique qui en découleraient me paraît plus grand et bien réel pour l’industrie agroalimentaire.
Les consommateurs en ont assez d’être pris pour des analphabètes à qui on peut tout faire avaler. Certaines marques comme Picard, Marie, Fleury Michon, Findus, Panzani et Auchan ont courageusement franchi le pas en faisant systématiquement apparaître la provenance sur l’étiquetage sans qu’il y ait une augmentation substantielle des prix de vente.
Le distributeur E.Leclerc, si prompt à donner des leçons économiques à ses concurrents et à écraser les marges des entreprises de l’agro-alimentaire, n’a rien fait (ou très timidement) jusqu’à présent. Il est temps que l’épicier de Landerneau se réveille pour le bien de tous ses clients. On peut rajouter comme mauvais élèves : Charal, William Saurin, Maggi, Monoprix et Leader Price.
Le boycott sera une arme utile en cas de non-respect de ces règles minimales. On évoquait le concept de consom’acteur, c’est le moment de l’être. Il faut en finir urgemment avec ces scandales qui décrédibilisent toute la filière mais également tous les acteurs sanitaires, y compris le corps médical.







