Prévention, arme majeure contre l’obésité
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.
Le rapport d’étape de lutte contre l’obésité présenté par le professeur Hercberg à la ministre de la Santé (rendu public le mardi 28 janvier 2014) fait de la prévention l’arme majeure.
La mobilisation de tous les intervenants dans le domaine de la promotion d’une meilleure santé y est mise en avant. En effet, l’obésité est multifactorielle et il vaut mieux prévenir que guérir. Ou les obésités, comme nous le disons dans ce Think Tank… Remonter bien en amont est nécessaire.
Quelques mesures sont énoncées contre la fabrication de l’obésité. Les mannequins bien trop maigres du monde de la mode, les photos retouchées dans les magazines, tout ce qui crée un idéal responsable de nombreux maux chez les adolescentes… Même si elles savent que les photos sont retouchées, « le choc des photos » est bien là et elles ont envie de leur ressembler.
Autre interdiction, la publicité pour les régimes, suite logique du rapport ANSES de novembre 2010, constatant la dangerosité des régimes. Depuis pourtant, les pratiques n’ont pas changé. On connaît même des médecins qui prescrivent certains régimes épinglés par l’ANSES.










Si j’adhère à la volonté de protéger les jeunes obèses face à un paysage médiatique et publicitaire qui leur est nuisible, je suis toujours surpris par la stratégie qui consisterait à imposer des lois sur la taille des mannequins et les retouches photo.
J’ai moi-même travaillé en agence de communication (et j’aime autant vous dire que dans ces métiers on se fiche bien de ce que pensent les jeunes obèses, jusqu’au moment où on a quelque chose à leur vendre…) et il n’est tout simplement pas possible de ne pas retoucher une photo. L’esthétique publicitaire professionnelle exige la retouche, sans quoi le rendu ne fait pas professionnel ! Je pèse mes mots.
L’utilisation de personnes obèses dans une publicité sert également des stratégies bien précises. Si vous observez les publicités, vous verrez que les gros acteurs dans les spots servent principalement trois buts: faire "vrai" (pub pour Price Minister avec la guitare et Iggy Pop par ex), être drôle ou enfin être "méchant / bête / mal informé" (pub pour le CIC par exemple).
Tout ça pour dire que s’en prendre aux médias et à la publicité de manière frontale et par des interdictions légales (qui n’aboutirons sans doute jamais…) ressemble à un combat à la Don Quichotte. Je pense qu’il serait plus intéressant pour les professionnels soignants intervenant auprès des jeunes obèses de développer un discours visant à montrer à ces jeunes les rouages communicationnels à l’œuvre et la stupidité, par exemple, d’un monde de la haute couture qui fait défiler des mannequins de 16 ans nourries à la cocaïne pour vendre des robes importables à des femmes de milliardaires refaites chirurgicalement de la tête au pied…
Informer c’est aussi soigner.
Pour terminer, je citerais Nietzsche:
"Le mensonge de l’idéal a été jusqu’à présent la malédiction suspendue au-dessus de la réalité. L’humanité elle-même, à force de se pénétrer de ce mensonge, a été faussée et falsifiée jusque dans ses instincts les plus profonds, - jusqu’à l’adoration des valeurs inverses de celles qui lui garantiraient l’épanouissement, l’avenir, le droit éminent à l’avenir."
F. Nietzsche. Ecce Homo. Oeuvres. Tome 2. Robert Lafont. p. 1112