Des couleurs pour bien se nourrir
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’institut Pasteur de Lille, spécialiste en Endocrinologie et maladies métaboliques.
Le rapport remis par Serge Hercberg au ministre de la santé pour la nutrition est remarquable. Il est le fruit d’une grande compétence reconnue en terme de santé publique. Il regorge de bonnes propositions.
Je ne partage cependant pas celle sur les repères de couleur pour les aliments : rouge, fushia, rose, orange, jaune ou vert, dont implicitement on comprend le sens. Certes il s’agit d’un bon point mais cela ne suffit pas à emporter ma conviction.
D’une part parce qu’il n’existe pas d’aliment mauvais dont la consommation serait en soi dangereuse, si ce n’est en cas d’excès. A ce titre, l’excès de n’importe quel aliment est déconseillé. Seules la modération et la tempérance sont de mise. Faire croire le contraire ne va pas dans le sens de l’éducation. De même, aucun aliment n’est parfait et de ce fait, seule la variété permet l’équilibre. Comment faire comprendre que les aliments rouges font partie de la variété ?
De plus, sur quels critères considérer qu’un aliment est rouge ? Certes les algorythmes du SAIN et du SLIM de Nicole Darmon sont excellents, mais sont-ils justes ? Si un aliment gras est « rouge », à partir de quel seuil ? : le seuil du beurre (82%) mais qu’en est-il pour l’huile (100%) ? Si l’on considère le beurre comme « rouge », pourquoi pas le lard, la crème fraîche, ou le chocolat, encore plus calorique que ce dernier ? Si l’on se base sur les calories pourquoi le chocolat et pas le miel ; à moins que ce soit le sucre le danger. Il faut alors considérer les pâtes de fruits… Mais le sucre est bon ! Alors ciblons les graisses saturées. On sait aujourd’hui que les graisses saturées sont utiles, qu’elles ne se ressemblent pas toutes et que seul leur excès pose problème.
Enfin pourra t-on encore vraiment manger avec plaisir, et pourra t-on encore manger ensemble ? « Quoi, tu m’as préparé cette terrine de lapin mais elle est « rouge » ! Quoi, tu manges ce saucisson sec, mais tu t’empoisonnes il est « rouge » ! » Non, choisissons d’autres voies pour guider nos contemporains.
3 réponses à “Des couleurs pour bien se nourrir”
Rètroliens / Pings
- - 10 mars 2014
- - 10 mars 2014










Alors laissons la malbouffe progresser encore (avec l’obsession du moindre coût permanent, je pense que l’on a encore rien vu !) et devenir la normalité banale délétère de notre société.
S’il y avait le choix entre 250 aliments bruts, peu ou pas transformés, un profilage nutritionnel des aliments n’aurait effectivement pas vraiment de sens… mais on en est pas là, avec des dizaines de milliers de références disponibles simultanément dans les rayons… Alors oui, il faut arrêter de noyer le consommateur dans un charabia illisible et incompréhensible pour 99% des individus, y compris la plupart des professionnels de santé !
Il ne faut pas perdre de vue que le système d’étiquetage type "feux tricolores" a été rejeté par le Parlement Européen… après un lobbying intense de l’industrie agroalimentaire chiffré à plus de 1 milliard d’euro par une étude indépendante !
C’est finalement là qu’est l’enjeu, pas ailleurs, le trio infernal lobby agroalimentaire, publicité télévisée et grande distribution verrouille très bien le système ultra-lucratif de l’alimentation humaine et ne feront aucun véritable effort tant que les frais de santé colossaux engendrés par les effets dévastateurs de la malbouffe resteront financés par une collectivité bienveillante mais maintenant de plus en plus exsangue.
Le système de "feux tricolores" est déjà appliqué au royaume-Unis, au Danemark, en Hongrie… et les effets économiques engendrés inquiètent déjà les acteurs concernés : les « feux tricolores » britanniques accusés de nuire au commerce intérieur européen. C’est la preuve ultime que ce n’est pas la santé du consommateur qui est en jeu… mais son porte-monnaie !
Manger un peu de tout… de tout un peu avec le choix alimentaire indécent de nos sociétés d’abondance (et de pauvreté) ne peut plus suffire à garantir un équilibre alimentaire suffisant pour nous amener en pleine forme et santé jusqu’à 80 ans !
Alors oui pour un système d’information nutritionnel, mais pas le trop simpliste vert, orange, rouge en fonction seulement du gras, sel sucre ! Oui également, n’utiliser que le système du SAIN/LIM est bien trop limitatif, trop peu discriminant et certainement "trop" injuste pour certains aliments. Mais peut-on en toute conscience laisser le consommateur entièrement (ir)responsable de ses choix ?
La proposition présentée dans le rapport Hercberg n’est pas encore suffisamment précise et discriminante, le nombre de paramètres pris en compte étant trop faible, engendrant évidemment des distorsions dans les choix et une certaine culpabilisation injustifiée pour bon nombre de denrées alimentaires "simples".
Mais il existe déjà un système d’échelle nutritionnelle simple et pratique qui prendrait en compte un plus grand nombre de facteurs…