Cercle infernal Dépression/obésité
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.
Est-ce l’obésité qui mène à la dépression ? Ou l’inverse, la dépression conduit-elle à l’obésité ? Une étude de l’Université de Rutgers (New Jersey) menée par Naomi Marmorstein, professeure de psychologie, vient cette semaine boucler un débat récurrent. La cohorte de 1500 filles, de 11 à 24 ans, révèle que… les deux sont possibles.
On observe souvent qu’être « mal dans son corps » induit un rapport à soi compliqué. Surtout chez les filles. Les diktats sociaux au regard du corps sont plus écrasants pour elles que pour les adolescents garçons. Les libérer de l’injonction (tacite ou pas) de plaire les rendrait plus tolérantes à l’égard de leur poids, toujours considéré comme excessif. Nous en avons déjà parlé ici même…
Et, à l’inverse, la jeune personne déprimée, pas seulement dans les termes des psychiatres, mais celle qui se sent « mal dans sa tête » en compensant par ces petits plaisirs offerts par la nourriture en dehors de la stricte faim, se voit prendre des kilos. Ce qui la déprime encore un peu plus. Et c’est le cercle vicieux, infernal, qui s’empare d’elle.
Cette étude a le mérite d’attirer l’attention de tous les professionnels de l’adolescence, et pas uniquement ceux de la santé, sur la complexité des prises de poids.
2 réponses à “Cercle infernal Dépression/obésité”
Rètroliens / Pings
- - 4 avril 2014










La prise et la perte de poids est sans doute le domaine de la médecine où la causalité est à la fois la plus simple et la plus complexe. Il existe un principe de base: la balance énergétiques (calories absorbées VS calories dépensées). Le problème, et il est colossal, est de croire qu’on maitrise cette balance (qui est elle même changeante au cours de la vie).
Et donc, au-delà du fonctionnement même de la balance énergétique, on peut inférer toute sorte de facteurs qui touchent aux données de cette balance (souvent plutôt les calories absorbées). Ces inférences ne sont pas systématiquement fausses, mais on confond trop rapidement causalité et corrélation. Et en plus, on ajoute par dessus cela des statistiques de mortalités, sans vraiment démontré la réalité biologiques des liens mathématiques.
JP Poulain relève ainsi dans "Sociologie de l’obésité" que le nombre de mort dues à l’obésité aux USA chaque année passe de 400 000 à 25 000 selon les études…
Pas étonnant que les patients s’y perdent dans tout cela. Donc vous avez raison de relever surtout la complexité des raisons de la prise de poids et toute la souffrance associée. Cette souffrance est LA certitude clinique !