Mince mais malheureuse, opulente et heureuse !
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
L’Institut National des Études Démographiques vient de sortir un travail très intéressant du sociologue Thibaut de Saint-Pol et de la statisticienne Delphine Robineau (Population et sociétés n° 504, Oct
2013) rapport de l’INED en ligne.
Le Programme international d’enquêtes sociales (International Social Survey Program _ISSP) réalise une enquête internationale sur le corps et l’image corporelle perçue dans 13 pays de tous les continents et concernant près de 20 000 sujets. Cette étude est destinée à être répliquée dans 10 ans.
Deux jeux (pour chaque sexe) de quatre silhouettes de taille fixe mais de corpulence variable ont été montrés aux enquêtés. Il fallait qu’ils choisissent leur modèle de prédilection et ce, de façon entièrement subjective.
Ce n’est pas une surprise : la perception de l’image corporelle varie d’un pays à l’autre et d’un continent à l’autre. Le pays où la pression exercée sur le poids paraît la plus forte est la Corée du Sud où il ne fait pas bon être rond (le chanteur coréen Psy a pourtant des rondeurs et cela ne l’a pas empêché de devenir récemment une star internationale). En Corée l’idéal minceur rejoint la corpulence réelle qui est bâtie sur la minceur.
La pression minceur est particulièrement forte chez les Françaises alors que l’on apprécie dans notre pays, le côté Obélix des hommes sans leur en tenir rigueur et sans percevoir derrière cette opulence bonhomme le caractère potentiellement délétère que cela leur fait courir. Le pays où il fait le mieux vivre si on a des rondeurs est l’Irlande. L’Uruguay fait la guerre aux rondeurs masculines mais tolère, dans un miroir inverse de nous les Français, les rondeurs féminines.
Si l’idéal minceur est très important dans notre pays, la pression exercée sur le corps y est alors particulièrement redoutable pour les femmes. Il y a une dictature minceur qui s’installe créant des attitudes jusqu’au-boutistes. La spirale des régimes peut s’égrener en toute quiétude, déclinée à loisir sous de nouveaux vocables et véhiculées par des nouvelles têtes de gourous médiatisés vers lesquels les micros se tendent facilement.
Notre pays est un pays schizophrène, tiraillé entre notre côté Obélix et notre côté Astérix. C’est le pays du manger (de préférence du bien manger) et le pays de la mode imposant des patrons souvent surréalistes, avec des femmes asexuées, androgynes quasi prépubaires (merci Paco Rabanne et même Karl Lagerfeld). L’agro-alimentaire, l’un des principaux moteurs de l’économie nationale nous incite à nous restaurer parfois même en dehors des prises alimentaires classiques. Les publicités relaient leur message persuasif car le temps de cerveau disponible est compté. De l’autre côté, la mode, autre moteur économique, nous incite à acheter la dernière robe (taille 0, c’est-à-dire 36) que l’on n’a forcément pas et que les copines vont nous envier. Bref, entre le paraître et le remplissage alimentaire, les femmes ont du mal à s’y retrouver (« je voudrais bien mais je ne peux point, c’est pas facile d’avoir du style quand on est une fille comme moi »). Notre pays est le pays testé où la volonté de perdre du poids chez les femmes est la plus pressante alors que la Française est parmi les morphotypes les plus minces au monde. Bref, les Françaises sont minces et malheureuses alors que les Irlandaises sont plantureuses et heureuses.
Les hommes assument mieux leur rondeur car un petit ventre rebondi est rassurant et bonifie l’image, y compris chez nos hommes politiques.
Je propose aux femmes françaises de migrer en Uruguay ou en Irlande ! Elles y seront heureuses et épanouies. En revanche, tout sexe confondu, fuyez la Corée du Sud !
Mais si, tout simplement, on se prenait moins la tête et on acceptait de faire face au temps comme il nous cherche ?







