L’annonce faite à Marie

Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.

- « Depuis quand suis-je en obésité ? Ça remonte à loin. Je me souviens de quelque chose de très choquant. C’était à l’école primaire, le pédiatre note sur mon carnet de santé qu’il faut faire attention. Il s’adresse à ma mère, il parle de moi mais pas à moi. « Elle est presque en obésité ». Elle doit ceci, pas cela… Puisqu’on ne me parle pas, je n’écoute plus. Je viens juste de recevoir un coup. Elle, c’est moi. On parle de son obésité, de surveiller, on ne s’adresse pas à moi. Je suis anéantie.
- Réduite à rien puisqu’on ne vous parle pas ?
- OUI ! J’en suis encore sous le coup. Je ne me suis pas saisie de ce qui lui arrivait, à cette petite Marie. Elle n’avait qu’à faire attention. Elle devait être raisonnable. Je n’étais pas concernée. Si on m’avait parlé, peut-être… Mais le paquet nommé Petite Marie, qui était-ce ? Un objet de sa mère ? Alors qu’elle se débrouille ! Qu’elle s’en occupe, ma mère.
- Ce n’était pas votre problème !
- La violence des mots ! Obésité, … c’est moche, dégoûtant, un truc vilain et petite Marie n’a pas envie du fardeau… C’était le problème de ma mère puisque, le pédiatre s’adressait seulement à elle bien que je sois présente. D’ailleurs je la voyais bien ennuyée, presque au bord des larmes. On aurait dit une petite fille qui se faisait disputer. Ça changeait ! D’habitude, c’était moi qu’on enguirlandait. Peut-être même que j’y prenais un certain plaisir. Comme on ne s’entendait pas bien du tout, je savais quoi faire pour l’embêter…
- Vous avez pris du poids CONTRE votre mère ?
- Maintenant je regrette tout ça… Il était bête ce médecin quand même, non ? Vous croyez que ça existe encore des situations comme celle-là ?»

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Une réponse à “L’annonce faite à Marie”

  1. COLE dit :

    Le fait qu’un pédiatre et a fortiori n’importe quel adulte, puisse « ignorer » la présence d’un enfant et ne pas lui adresser directement la parole n’est pas un problème lié à la « maladie » quelle qu’elle soit mais plus au respect de l’enfant qui est d’ores et déjà une personne à part entière. La reconnaissance par nos parents, notre pédiatre/médecin, nos enseignant(e)s est une des choses essentielles qui nous permettent de nous forger une personnalité et d’avoir une bonne estime de soi.
    Je pense que les pédiatres, encore plus que tout autre médecin, devraient être formés à présenter le risque de surpoids ou d’obésité de façon neutre aux parents et à leur enfant, sans les blesser, les juger ou leur faire porter la responsabilité. Pour qu’ils prennent conscience ensemble et de façon constructive qu’il n’y a pas de fatalité et qu’il n’est jamais trop tard.

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