Un sentiment méprisant et répulsif
Par Patrick Bergevin, membre du Think Tank ObésitéS, chirurgien digestif
Pour faire suite à l’article de Catherine Grangeard « En quoi ça vous dérange ? » (voir l’article).
Certes, Certes… Mais il n’y a pas que ça :
On a aussi, de prime abord, un sentiment un peu méprisant et même répulsif quand on aperçoit un grand obèse : comment peut-il s’être laissé aller au point d’en arriver là ? Toute cette gêne fonctionnelle, ce corps défiguré… Ce n’est qu’en nouant la relation qu’on peut gommer ce premier mouvement de recul et découvrir la personnalité de l’obèse, qui peut être aussi attachante, bien sûr, que celle des autres.
Les médecins ont souvent un comportement agressif avec les obèses car ils savent bien toutes les conséquences médicales que cela engendre. Ils peuvent aussi avoir le sentiment qu’ils resteront impuissants face à ce problème, quel que soit le régime conseillé.
Certains décident une fois pour toutes que la grande obésité découle de troubles mentaux.
De plus, les chirurgiens digestifs savent qu’une intervention abdominale sera difficile et à risque…
Certains d’entre eux auront peut-être même parfois une réaction agressive tendant à punir en quelque sorte la personne de s’être laissée aller à tant de poids, la solution chirurgicale pouvant devenir alors l’expression d’une forme de sadisme.
Violence donc faite par l’obèse à lui-même, puis par le chirurgien pour le "corriger"… Il s’agit de la double peine en quelque sorte.
Et puis la chirurgie bariatrique devient également un objet de consommation, à la mode, accessible finalement sans trop de difficulté pourvu que l’IMC fatidique soit atteint.
Il s’agit d’une étape moins difficile pour beaucoup que d’essayer de comprendre les causes sous-jacentes, cela aussi peut être un thème à développer !








Décidément, il ne fait pas bon être obèse, car, comme vous le soulignez, l’obèse qui se fait opérer ne subit pas seulement une double peine, mais bien souvent une triple peine ! Pourquoi ? Parce que le suivi postopératoire qui doit être long et méticuleux n’est pas souvent assuré comme il le devrait, loin s’en faut !!!
Comme vous le dites Suzanne Kestenberg, la liste des peines est interminable. La question du suivi est une question essentielle. il ne peut y avoir de geste aussi peu naturel que couper un bout d’estomac, ou se mettre un noeud à l’estomac, bref… s’empêcher (de l’intérieur) de manger sans que cela ne soit sans conséquence psychique. L’ignorer, le laisser ignorer, est grave. Une fois que la chirurgie est réalisée, il faut s’adapter ! auparavant, on pouvait toujours laisser tomber le régime. Là, les quantités seront de fait restreintes. C’est pourquoi le suivi pluridisciplinaire est de rigueur. La diététicienne accompagne sur les choix de nourriture et côté psy, il s’agit d’éviter des décompensations, dans le cas où la compensation face aux difficultés de l’existence passaient par l’assiette… Cet exemple n’est pas restrictif, car la personne en obésité est d’abord une personne, donc elle a une histoire singulière. Pour suivre les conseils d’activité physique, c’est pareil, il faut réapprendre à aimer ça. Puisque pour beaucoup les activités physiques étaient devenues douloureuses… ETC….