Enfants rois et mères toutes puissantes
Par Patrick Bergevin, membre du Think Tank ObésitéS, chirurgien digestif
Certains, comme le pédiatre Aldo Naouri, s’interrogent sur l’évolution du comportement des parents dans l’alimentation des nourrissons.
On observe de plus en plus une réponse rapide aux pleurs du nouveau-né par l’administration d’un biberon dès les premiers cris. Cette réaction immédiate empêcherait l’apprentissage de la patience et l’acceptation nécessaire des frustrations.
Plus tard, cet enfant impatient serait moins à même de supporter les contraintes de la vie en société. L’évolution des mœurs, avec notamment l’autonomisation salutaire des mères par la contraception et l’accession généralisée au monde du travail, a rendu le statut paternel beaucoup plus flou et plus incertain qu’à l’époque du pater familias.
Le personnage du père a tendance à s’effacer dans l’équilibre du couple parental. La mère devient alors prépondérante dans l’éducation des enfants, voire exclusive dans certaines familles monoparentales. Or, le rôle du père devrait rester fondamental, puisque c’est lui qui s’interpose comme tiers dans la relation fusionnelle mère-enfant.
La propension naturelle de toute mère est d’apporter tout son amour à son enfant, sans limites. Rien n’est suffisant à ses yeux pour satisfaire ce penchant. Le père doit donc être présent pour lui rappeler les limites. Cette fonction est nécessaire à l’épanouissement de l’enfant, faute de quoi il risque de ne pas échapper à l’emprise du cocon tissé par la mère toute puissante.
La société de consommation est en partie la conséquence de ce mode éducationnel qui multiplie les "enfants rois" toujours désireux de consommer plus vite et en plus grande quantité sans jamais ressentir de satisfaction.
Il est probable que certaines obésités découlent de ce "gavage" dès le plus jeune âge, jamais empêché.
On peut dire que le recours à la chirurgie de l’obésité relève lui aussi des mêmes réflexes de consommation de masse, comme la course aux régimes à la mode.
Alors que, bien sûr, la chirurgie sera vouée à l’échec ou ne rendra pas forcément la personne plus heureuse si, parallèlement, une démarche d’introspection n’a pas été mise en place à la recherche des causes du symptôme obésité.








A la lecture de votre article me viens le souvenir suivant. Il y a 2 ou 3 ans de cela, j’étais chez le primeur et devant moi une jeune mère obèse discutait avec le commerçant. Celui-ci était penché sur la poussette que tenait la jeune mère. Dans son siège, le bébé dormait à point fermé.
Le commerçant commentait alors le sommeil profond du bébé malgré l’animation de ce commerce ouvert sur la rue. La mère lui répondit :
"Oh il dort tellement qu’il m’arrive de le réveiller pour lui donner à manger!"
Dans ces biberons immédiats que vous mentionnez, et dans ce biberon donné sans demande (et même en contrariant le sommeil), on voit le manque d’un temps d’écoute par la mère du besoin du bébé. Il est vrai qu’il est bien difficile de comprendre ce qui se passe pour les nourrisson.
La nourriture, comme la chirurgie, peut éventuellement être comprise comme un objet quasi magique duquel on espère palier à tous les maux, sans se questionner sur l’origine de l’angoisse…
C’est intéressant cette scène que propose le commentaire ci-dessus : l’adulte répond à un autre adulte, l’enfant est prétexte à l’échange… On est bien loin d’un enfant-roi dont les désirs seraient des ordres… "alimenter à l’horloge", c’était réveiller les bébés sous prétexte que cela faisait tant d’heures qu’ils n’avaient rien pris, c’était la norme. Donner à la demande fut alors un progrès encouragé par les médecins, ils éduquèrent une génération de mères en ce sens. Le pouvoir passait de leur côté, la transmission de mère à mère étant dévalorisée.
En idéalisant les pères, le pédiatre Aldo Naouri, ignore-t-il que si des hommes et des femmes ont ont combattu le pater familias, comme dit P.Bergevin, c’est pour combattre ses excès et y introduire de saines limites ? Quelques faits à se remémorer : une femme meurt sous les coups de son mari ou compagnon tous les trois jours. ici, en France. Est-ce un détail ? ce summum de la violence n’est possible que sous-tendu par d’autres situations qui vont en crescendo… Les limites sont effectivement à ré-introjecter, ces crimes sont commis… au nom du père, d’un droit qui ne se soumet à aucune loi. Si les hommes sont à la peine dans l’évolution des rapports avec des femmes, comme nous le constatons quotidiennement, et encore plus ces semaines dernières quand quelques-uns s’autoproclament salauds (et on ne va pas les contredire si c’est ainsi qu’ils se définissent) alors… les enfants trinquent et certains se gavent. Les amener à vivre dans plus de sérénité est un progrès pour tous…
On peut mentionner ici ces mères qui se tuent à la tâche (sous payée de 20% par rapport à la même effectuée par son homologue masculin) lorsque certains pères ne paient les pensions alimentaires que sous la menace judiciaire… Si vous pensez que j’exagère, je vous renvoie aux chiffres et à vos consultations où nous entendons combien les bornes sont dépassées avec les souffrances en prime. OUI, les limites sont dépassées.
Toutes les extrêmes sont dangereuses, tous les excès sont à dénoncer. Commençons par apercevoir la singularité de Madame Untel plutôt que de toutes les …
Ici même je montrais récemment les effets du contre-transfert, nous retenons trop ce qui vient faire écho en soi, c’est pour cela souvent aussi que l’on adore tel livre, qui dit si bien ce que l’on portait en soi, sans trop savoir l’exprimer.
Comment taire ? Comment ignorer ? Vous connaissez ces trois singes, l’un se bouche les oreilles, l’autres les yeux, le troisième la bouche… Le recul qu’apportent les psychanalystes aux équipes permet de ne pas confondre convictions personnelles (que tout un chacun a bien le droit de défendre et que personne ne peut s’empêcher d’avoir en raison de ses propres déterminants) et certitudes. Ce qui autorise aussi des gens ne partageant pas ces convictions de fonctionner ensemble sans s’étriper, sans prétendre à exprimer une vérité indiscutable. Visiblement ici même des avis contraires s’expriment et la singularité de chaque patient dont nous avons la charge en profite…La controverse permet de conjuguer, de dépasser les oppositions, d’introduire des limites.
L’objet de mon propos n’était pas bien sur de revenir sur des acquis sociaux qui ont permis la "libération de la femme",tout au moins dans notre civilisation occidentale
Malgré cela,des inégalités subsistent et aussi des comportements brutalement "primitifs",comme le souligne Catherine Grangeard
Il n’en demeure pas moins que l’image du père est sérieusement remise en question par l’autonomie financière et professionnelle grandissante de la femme
La montée du chômage précipite l’homme dans une position d’inutilité,le marginalise,il perd en quelque sorte de sa valeur,et sa compagne,si elle est matériellement autonome,n’hésitera pas à s’en séparer
Le but,encore une fois, de toute mère est de protéger son enfant,encore faut il qu’elle sache en rester là et résiste à la tentation incestueuse de le noyer dans son amour et d’en faire son objet
Le père est là pour le lui rappeler
Mais s’il est absent,ou démissionnaire,ou remercié,les conditions peuvent favoriser le développement de" l’enfant roi"
C’est souligner,comme dans tout,l’importance des limites:trop de père,ou pas assez
P.Bergevin