Quand les émotions font manger
Par Nathalie Négro, membre du Think Tank ObésitéS, diététicienne, responsable du Centre Nutritionnel des Thermes de Brides-les-Bains.
En réaction au texte « Obésités : c’est la faute aux émotions » de Sylvie Benkemoun
La prise alimentaire en réponse à une émotion, positive ou négative, est chose fréquente et normale. Elle peut dans certains cas être cause de prise de poids. Distinguons plusieurs cas.
Un stress induit une émotion négative, saine mais dérangeante (tristesse, colère, honte, culpabilité…), destinée à nous obliger à résoudre la situation problématique. Cependant, il arrive que cette émotion nous submerge. Nous réagissons alors en nous adonnant à une activité apaisante, variable selon les centres d’intérêt de chacun. Manger, en activant les circuits de récompense au niveau cérébral, appartient à ces réponses non spécifiques. Il s’agit souvent d’un aliment consolateur, souvent gras et/ou sucré du fait de la sécrétion de sérotonine et d’endorphines que ce type d’aliments génère. Cet aliment « doudou » nous plonge dans des souvenirs heureux et apaisants.
Obésités : c’est la faute aux émotions
Par Sylvie Benkemoun, membre du Think Tank ObésitéS, psychologue psychothérapeute spécialiste des questions d’obésité.
En réponse à l’article paru dans le Figaro santé le 15 septembre avec l’intervention de Catherine Grangeard (cliquez ici pour voir l’article).
Face à ces obésités qui résistent, la recherche du ou des « coupables » se complexifie pour entrer à présent dans le monde des émotions.
De façon intuitive, il est facile de se rendre compte à quel point un chagrin d’amour peut faire tomber dans la boîte de chocolat ou couper toute envie de manger. Calmer le stress en grignotant n’est pas l’apanage des personnes obèses. Tout est question de dosage, de fréquence et d’idées négatives associées.
Sommes-nous tous égaux face à ces émotions qui poussent à manger ? Voilà la question. « La personne qui se réfugie dans la nourriture lorsqu’elle est envahie d’émotions a introjecté un avis négatif sur elle », nous dit Catherine Grangeard. Et si nous partions du début.
L’expression des émotions peut être dépendante de la relation d’attachement avec la mère ou de son substitut et de toutes ces histoires d’enfance qui ont mal commencé (ruptures, traumatismes, abandon, maltraitance).
Les raisons farfelues de la prise de poids
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste
Il est possible de mettre plusieurs éléments en lien avec l’explosion de la prise de poids. Ainsi, on peut parfaitement signifier que le nombre de ventes de voiture Dacia est en corrélation positive avec l’obésité… Mais cette corrélation n’a aucun lien statistique.
Mais derrière l’apparente incongruité des éléments mentionnés dans cet article, on peut voir des éléments sérieux comme le stress social, les mauvais choix alimentaires, la mauvaise qualité de sommeil, le relâchement dans ses efforts en pensant que tout est acquis. Et ces éléments pointés de façon ironique peuvent réellement contribuer à étayer des argumentaires valables sur une prise de poids indue.
On rappelle ainsi que la raison de perdre du poids n’est pas singulière mais plurielle. La prise en charge doit être personnalisée et non stéréotypée.
Traiter le mal par la racine
Par Patrick Bergevin, membre du Think Tank ObésitéS, chirurgien digestif
En réaction à l’article « Donnons du temps au temps » d’Arnaud Cocaul
Vouloir perdre du poids rapidement, la demande existe aussi pour la chirurgie bariatrique : « J’y réfléchis depuis très longtemps docteur. Tous les régimes ont été un échec pour moi. Maintenant ça y est, ma décision est prise. Je veux me faire opérer, et vite. J’ai fait le tour de la question« .
Mais justement, bien souvent, le tour de la question n’a pas été fait face à une telle demande si pressante. Dans ce cas, il est urgent d’attendre pour réfléchir.
Une rencontre avec une psychologue avant l’intervention, par exemple pourra peut-être éclaircir les causes sous-jacentes au surpoids. De ce point de vue, chaque histoire est personnelle. Ce temps permettra aussi de pointer les émotions à l’origine de comportements alimentaires inappropriés. Le dialogue permettra de les amender ou de trouver d’autres exutoires.
Donnons du temps au temps !
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
La plupart des personnes consultant en nutrition sont demandeuses de perdre rapidement du poids. C’est pour cela d’ailleurs qu’ils énumèrent divers régimes en spécifiant qu’ils ont marché « puisque j’ai perdu du poids mais que par ma faute j’ai tout repris car je n’ai pas poursuivi » (jusqu’à la mort).
Dès lors que l’on prend le temps d’installer un vrai espace d’échanges, on arrive à se parler et donc à faire en sorte que le quémandeur renonce à cette demande de perte rapide mais commence à envisager d’autres moyens de perdre du poids que de raisonner en interdits et en restriction. Il est essentiel d’instaurer un dialogue car la plupart du temps le raisonnement qui s’élabore et qu’il faut arrêter de se faire du mal par des régimes restrictifs, que ces régimes restrictifs nous abîment et altèrent durablement notre faculté de choix, de volume, de rassasiement et de satiété.
Pourquoi vous êtes-vous laissé aller ?
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’institut Pasteur de Lille, spécialiste en Endocrinologie et maladies métaboliques.
Une des réactions les plus courantes face à une personne obèse est de dire ou de penser « mais pourquoi vous êtes-vous laissé aller ? ». Ce qui sous-entend : quelle négligence ! Ce jugement, car il s’agit d’un jugement, au mieux est la marque d’une ignorance, au pire d’un manque de bienveillance.
Il est toujours saisissant lorsque l’on est clinicien d’écouter un obèse raconter son histoire. On est frappé par le fait que chaque parcours est différent avec une succession d’événements, facteurs de déclenchement ou d’aggravation ; et à la fois par le fait que les parcours se ressemblent : régimes, reproches, culpabilité, dépression, cassures, blessures et ruptures, troubles du comportement.
L’obèse, un être altéré
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
Croire que l’on souhaite devenir gros est, à mon sens, absolument faux. Les obèses souffrent de leur obésité et pour le moment, je n’ai pas rencontré d’obèses heureux (je ne les vois sûrement pas car ils ne fréquentent pas les cabinets médicaux).
A l’aube de ce 21ème siècle, on doit prendre en compte la difficulté à maintenir un poids constant au fil de sa vie. C’est quasiment mission impossible même s’il y a des exceptions. Prendre du poids ne reflète pas une personnalité molle sans volonté paresseuse. Les individus doivent se retrouver dans ce grand écart entre la promotion alimentaire constante, ses tentations et la mode calibrée pour des tailles 36 à 40. Cet exercice d’équilibriste est plus difficile pour certains d’entre nous. Nous naissons peut-être libres et égaux mais nous ne le sommes pas en terme pondéral tout comme en terme de santé globale.


