Le ventre des femmes
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.
En réaction à l’article « Violences sexuelles : une obésité méconnue » de Jean-Michel Lecerf
L’article de Jean-Michel Lecerf attire notre attention sur l’impact psychologique de tout vécu et ses éventuels retentissements sur les questions de poids, en excès par exemple. Il a tout à fait raison, une personne ne se découpe pas en morceaux. On n’est pas à la boucherie… quoique parfois on puisse le craindre.
En évoquant rapidement IVG et PMA, Jean-Michel Lecerf souligne combien le ventre d’une femme lui appartient. Elle ne saurait vivre une grossesse ou l’empêcher sans que la moindre incidence n’en découle. Etre enceinte peut être la plus belle des choses qui arrive… ou la pire. L’expression « tomber enceinte » revient très souvent lorsqu’il est parlé d’attendre un enfant. « Tomber » est couramment associé à quelque chose de négatif dans la langue française…
Violences sexuelles : une obésité méconnue
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, spécialiste en endocrinologie et maladies métaboliques.
En réaction à l’article « Violences sexuelles. Des conséquences de poids » de Catherine Grangeard
Catherine Grangeard attire à juste titre notre attention sur les conséquences des agressions sexuelles sur le poids. Il y a longtemps que, avec d’autres, j’ai identifié ce traumatisme comme facteur déclenchant, voire causal, de la prise de poids. Plus précisément, elles entraînent une obésité sévère, grave, enkystée. La révélation peut être très tardive car la personne blessée n’ose pas reconnaître la relation entre les faits, car elle n’ose pas en parler. Sa culpabilité l’en empêche. Parfois « l’aveu » ne peut être fait que après le décès du coupable de ces viols, incestes ou autres agressions sexuelles. Environ 250 000 actes de ce genre surviendraient chaque année en France selon un rapport récent de l’association Mémoire traumatique en victimologie.
Que font les féministes ?
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.
En réaction au texte « obésité et défilés de mode » de JM Lecerf
Merci d’avoir posé cette question, elle est excellente, comme on dit dans les débats télévisés. Les féministes ne cessent de dénoncer les normes aliénantes. Aliénation, cela signifie, comme le a privatif l’indique, une coupure de liens d’avec soi-même lorsque des normes stupides viennent donner comme « normal » ce qui est juste défini dans un certain rapport de forces. Ici, le modèle économique utilise le corps des femmes pour vendre parce qu’il paraît que « ça » marche. Le sexe fait vendre, alors les publicitaires donnent du sexe. Le client au fort pouvoir d’achat est supposé être un homme, géré par ses pulsions.
Les féministes montrent que femmes et hommes ont tout à perdre à se laisser manipuler de la sorte.
Obésité et défilés de mode
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, spécialiste en endocrinologie et maladies métaboliques.
Le corps des femmes est à vendre dans le supermarché de l’exhibition. Le corps des femmes ne fait pas seulement vendre des fringues, mais aussi n’importe quel objet de consommation.
Le corps des femmes est lui-même un objet de consommation dont les hommes et les femmes se sont emparés. Tout est bon à être montré, dévoilé : le seul interdit est la pudeur et le respect pour ces femmes.
Ce trafic et ce voyeurisme finissent par être insupportables. Ils véhiculent un « idéal » insupportable pour celles qui ne rentrent pas dans le droit canon de ces tops « modèles ». Modèles de quoi ? On parlait de chair à canon pour les soldats qui partaient sur le front des guerres mondiales. C’est ici une autre forme de chair à canon, celle d’un nouvel esclavagisme moderne, le corps instrumentalisé de la femme pour le « profit ». Que font les féministes devant cette « GPA », Génération Pour l’Argent ?
A suivre…
La femme est plurielle comme le monde
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
En réaction à l’article « nos bodies are perfect » de Catherine Grangeard
On a le sentiment constant que les publicitaires ont du mal à intégrer le monde tel qu’il est. Ils inventent une réalité virtuelle, ils remodèlent le monde, mais pas forcément en le réenchantant. Lors de chaque consultation, je rencontre des patients obèses en souffrance. Je n’ai pas forcément de réponses à apporter à leur problématique de poids. Je tente de faire le moins pire et sans chercher à faire le meilleur, ce qui conduit souvent à des catastrophes. En tout cas, j’essaie d’écouter, de respecter mon partenaire de consultation. Je fais en sorte qu’il se sente entendu, compris.
Pourquoi parler de sexisme ?
Par Nathalie Négro, membre du Think Tank ObésitéS, diététicienne, responsable du Centre Nutritionnel des Thermes de Brides-les-Bains.
En réponse à « Sexisme et Obésité » de Catherine Grangeard
Le regard que pose notre société sur les femmes est radicalement différent de celui qu’elle a pour les hommes. L’embonpoint chez l’homme est souvent considéré avec bienveillance, surtout s’il se crée au fil des repas d’affaires. Il occupe un poste important, il est difficile pour lui de faire attention à son alimentation au quotidien et il manque de temps pour pratiquer une activité physique. Une femme occupant les mêmes fonctions devra quant à elle, toujours veiller à sa ligne, pour ne pas perdre en crédibilité et autorité.
Prendre du ventre avec l’âge pour un homme ? Ce sont les fameuses poignées d’amour. Pour une femme ? C’est disgracieux, « elle se néglige », nous dira-t-on.
Sexisme et obésité
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.
Le magazine Sciences et Vie du mois d’août, qui vient d’arriver dans les kiosques, montre que les effets des médicaments sont différents chez les femmes et les hommes. Or, les essais cliniques sont rarement effectués sur des femmes.
Un quart de la page 3 du Monde du samedi 5 juillet 2014 montre une publicité, en couleurs. On voit le visage d’une femme, qui présente bien, d’une quarantaine d’années. Je cite les inscriptions « Oui, les maladies cardiovasculaires sont un problème de société » (cette phrase est sur fond rouge, écrite en blanc »). Au-dessous, « Parce qu’elle est une femme, Isabelle n’a pas les mêmes chances que Pierre, car elle sera prise en charge beaucoup plus tard au moment de son infarctus ». Encore au-dessous et en caractères gras : « Pour que les femmes ne soient plus les grandes oubliées de la prise en charge des maladies cardiovasculaires… » La Fédération Française de Cardiologie témoigne ainsi d’une forte réactivité aux études de l’INSERM dont le grand public a pris connaissance courant juin. Merci…


