Cinéma et popcorn
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, spécialiste en endocrinologie et maladies métaboliques.
En réaction à l’article « L’obésité infantile continue de croître » d’Arnaud Cocaul
Le post-scriptum d’Arnaud Cocaul a réveillé en moi un souvenir inquiétant. J’ai vu des personnes rentrer au cinéma avec un seau, de la taille d’une poubelle, rempli de popcorns. Je n’ai rien entendu du film. Après la séance, j’ai vu une armée de femmes de ménage s’efforcer de nettoyer les tapis et les fauteuils d’une rangée transformée en dépotoir. Elles étaient toutes fortes voire « grosses ». Quand elles étaient jeunes, elles venaient au cinéma et achetaient des seaux de popcorn. Elles ont grossi. Maintenant, elles ne peuvent plus maigrir, il est trop tard. Elles nettoient. De toute façon, elles ne gagnent pas assez pour acheter une nourriture saine. Le soir, elles sont tellement fatiguées qu’elles s’affalent dans leur canapé et sirotent un soda avec des chips. Au début, elles se culpabilisaient mais maintenant elles préfèrent oublier.
Acteurs de poids
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
Un article de M le Monde du 6 décembre 2014 rappelle que certains acteurs surinvestissent leur rôle au point de mettre en péril leur équilibre pondéral. Il faut faire le poids pour jouer Jack la Motta comme le fit Robert De Niro en 1980 dans le film de Scorsese Raging Bull, il prit 30 kg en 4 mois. L’acteur séjourna même clandestinement dans un palace parisien où il ne sortait pas et passait son temps à manger. De Niro empocha l’Oscar.
Stanley Kubrick était un cinéaste des plus exigeants, ce qui justifie le peu de films qu’il nous laisse (mais quels films !). Pour Full Metal Jacket, sa vision sur le Vietnam intégralement tournée dans la banlieue londonienne, Kubrick voulait une tête de turc pour le sergent instructeur Hartman (authentique sergent). L’acteur Vincent D’Onofrio pressenti pour le rôle de « grosse baleine » grossit de 32 kg en 7 mois et mit 9 mois pour les reperdre. Autre prestation à Oscar, celle de Charlize Theron, égérie de J’adore de Dior, qui se nourrit de beignets bien gras et de junk food afin d’être crédible dans le rôle d’une tueuse en série dans le film Monster en 2003. Elle prit 14 kilos.
Manger la belle affaire mais manger avec plaisir !
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
On décrie fortement l’alimentation moderne. Cela est parfois justifié lors des scandales alimentaires liés à des malversations parfaitement condamnables. Toutefois ces critiques peuvent s’avérer injustes quand on se défie de l’agro-alimentaire sous le vocable « tous pourris ». Cela tend à développer des troubles du comportement alimentaire ou des extrémismes alimentaires avec des régimes d’exclusion.
Je pense que malgré tout, nous sommes mieux protégés dans notre pays de la malbouffe et de l’insécurité alimentaire que dans d’autres pays. On ne se pose plus la question de savoir si on pourra manger demain, car demain, dans notre pays, on aura de quoi manger. La faim, telle que l’écrivait Knut Hamsun dans son livre éponyme, est heureusement rarissime en France.
Discrimination et perte de conscience
Par Sylvie Benkemoun, membre du Think Tank ObésitéS, psychologue psychothérapeute spécialiste des questions d’obésité.
En réponse à l’article « La discrimination, facteur d’obésité » d’Arnaud Cocaul
Dans le flot incessant des études concernant l’obésité et ses causes, l’une d’entre elles, récente, met en cause la discrimination. A la première lecture ce constat n’est pas nouveau et semble connu.
A situation d’inconfort, la recherche de réconfort semble une évidence. Et quel réconfort plus accessible et connu que l’alimentation pour des personnes en difficulté avec leur poids ?
Quand les émotions font manger
Par Nathalie Négro, membre du Think Tank ObésitéS, diététicienne, responsable du Centre Nutritionnel des Thermes de Brides-les-Bains.
En réaction au texte « Obésités : c’est la faute aux émotions » de Sylvie Benkemoun
La prise alimentaire en réponse à une émotion, positive ou négative, est chose fréquente et normale. Elle peut dans certains cas être cause de prise de poids. Distinguons plusieurs cas.
Un stress induit une émotion négative, saine mais dérangeante (tristesse, colère, honte, culpabilité…), destinée à nous obliger à résoudre la situation problématique. Cependant, il arrive que cette émotion nous submerge. Nous réagissons alors en nous adonnant à une activité apaisante, variable selon les centres d’intérêt de chacun. Manger, en activant les circuits de récompense au niveau cérébral, appartient à ces réponses non spécifiques. Il s’agit souvent d’un aliment consolateur, souvent gras et/ou sucré du fait de la sécrétion de sérotonine et d’endorphines que ce type d’aliments génère. Cet aliment « doudou » nous plonge dans des souvenirs heureux et apaisants.
Obésités : c’est la faute aux émotions
Par Sylvie Benkemoun, membre du Think Tank ObésitéS, psychologue psychothérapeute spécialiste des questions d’obésité.
En réponse à l’article paru dans le Figaro santé le 15 septembre avec l’intervention de Catherine Grangeard (cliquez ici pour voir l’article).
Face à ces obésités qui résistent, la recherche du ou des « coupables » se complexifie pour entrer à présent dans le monde des émotions.
De façon intuitive, il est facile de se rendre compte à quel point un chagrin d’amour peut faire tomber dans la boîte de chocolat ou couper toute envie de manger. Calmer le stress en grignotant n’est pas l’apanage des personnes obèses. Tout est question de dosage, de fréquence et d’idées négatives associées.
Sommes-nous tous égaux face à ces émotions qui poussent à manger ? Voilà la question. « La personne qui se réfugie dans la nourriture lorsqu’elle est envahie d’émotions a introjecté un avis négatif sur elle », nous dit Catherine Grangeard. Et si nous partions du début.
L’expression des émotions peut être dépendante de la relation d’attachement avec la mère ou de son substitut et de toutes ces histoires d’enfance qui ont mal commencé (ruptures, traumatismes, abandon, maltraitance).
Comment grossir en mangeant moins ?
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
Un article de El National journal de Caracas et repris dans Le Courrier International n° 1245 du 11 au 17 septembre 2014 interpelle sur l’impact de la crise économique sur la santé des Vénézuéliens.
Les aliments basiques comme le maïs ou le poulet se raréfient et deviennent trop chers. Les consommateurs se rabattent sur des produits économiques comme le riz, les pâtes à la mayonnaise ou à la margarine et augmentent leur consommation d’huile et de sucre. La conséquence immédiate est la prise de poids des Vénézuéliens. En effet, ils ne se demandent pas si ce qu’ils portent en bouche est bon pour leur santé.
D’autres conséquences sont constatées : carence de vitamines, manque d’énergie, infections cutanées et respiratoires, recrudescence des maladies cardio-vasculaires et des cancers… La qualité des produits consommés est aussi douteuse car ils sont importés sans contrôle suffisant. Les céréales proviennent de l’étranger et sont stockées dans des conditions inadéquates provoquant la contamination par les aflatoxines (issues de moisissures et agressant le foie).


