Autrefois, enfant-roi
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.
Quand j’étais petite fille, je courais par monts et par vaux durant l’été, chez mes grands-parents. En totale liberté ! Tous les gamins rentraient après avoir mangé des baies, parfois un peu égratignés ou les genoux amochés, pas très propres non plus.
N’était-ce pas plus royal que de voir aujourd’hui enfourner une tétine dans la bouche des chères têtes blondes pour éviter de les entendre brailler ?
Entre la demande de notre cadeau et l’arrivée sous le sapin, nous avions le temps de rêver, le temps de désirer. Même si c’était peu de chose, sa valeur devenait inestimable. On trouvait qu’on avait beaucoup de chance.
Les catalogues de jouets s’adressent désormais à Princesse et Prince, consommateurs désignés du Grand Marché.
Les parents pensent même qu’ils n’ont vraiment pas de quoi se plaindre puisqu’ils ont tout ce qu’ils veulent et même plus. (Trop. Ils n’en veulent pas tant !). A moins de confondre demande et désir, mais il s’agit d’être de bons parents. Les repères sont dans les publicités.
Et, cerise sur le gâteau, on ne lui dit plus « non » de peur qu’il ne nous aime plus, le supposé Enfant-roi.
Les inquiétudes des parents sont telles, que l’on voit d’un mauvais œil ce gosse qui fait du vélo, ou du ski, ou du roller sans casque. Et, il est inscrit à tant d’activités qu’il n’a plus le temps, ni de s’ennuyer, ni de se reposer. Il a tant à faire que le travail n’est pas le centre de son emploi du temps et pourtant il faut réussir scolairement dès la maternelle.
Les exigences pesant sur l’enfant sommé de réaliser les désirs des parents l’emprisonnent dans la cage dorée.
En échange du comportement qui ne dérange pas des adultes inquiets, les voilà, ces enfants, gavés de glaces, de sodas après les tétines et avant les portables… bien que tout cela soit sans doute plus dangereux que de tomber de vélo.







