Les effets pervers du patient / client roi
Par Patrick Bergevin, membre du Think Tank ObésitéS, chirurgien digestif
Le choix de prise en charge des régimes amaigrissants par certaines mutuelles répond à une logique de consommation par le client roi : « Tel régime est à la mode. Il est normal que moi aussi je puisse en bénéficier. Pourquoi ne serait-il pas pris en charge puisque c’est pour mon bien que je vais l’entreprendre ? ».
Une telle réflexion c’est partir dans le mauvais sens. Il faudrait plutôt réclamer que les mutuelles participent à la prise en charge, en réseau, de l’obésité par des acteurs spécialisés.
Si les malades étaient contraints d’assumer un parcours de soins pluridisciplinaire rigoureux, en partie financé par les mutuelles moyennant un contrat spécifique, ceux qui désireraient se faire opérer seraient obligés d’y cotiser. Cette contrainte favoriserait leur investissement personnel dans une préparation correcte.
Le système actuel de la Sécurité Sociale n’impose rien en contrepartie des soins prodigués. Cette situation déresponsabilise les patients. Ils pensent que la chirurgie est un dû.
D’autre part, est-il normal que l’inflation de traitements "à la mode" repose sur la solidarité nationale, c’est-à-dire sur le porte-monnaie de chacun par le biais de la Sécurité Sociale ?
Les soins sont considérés comme un service que l’on consomme. Le client est roi. La disparition du symptôme est un dû. La recherche des causes devient accessoire.
Parfois la responsabilité de l’hérédité ou des particularités métaboliques est mise en avant de telle sorte que l’obésité est présentée comme inéluctable. Cela réduit l’espoir qu’un changement de comportement alimentaire personnel puisse produire des effets.
Dès lors, on se retrouve face à des réflexions telles que : « Inutile de se fatiguer, ce sera voué à l’échec… », ou encore « De toute façon la chirurgie s’impose : elle seule peut faire des miracles… ».







