Nouvel avis de l’EFSA concernant l’innocuité de l’aspartame

Par Nathalie Négro, membre du Think Tank Obésités, diététicienne, responsable du Centre Nutritionnel des Thermes de Brides-les-Bains

A quoi bon ? Voilà la première réflexion qui me vient à l’esprit à la lecture du compte-rendu de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) concernant l’innocuité de l’aspartame. A quoi bon un nouvel avis ? Est-ce que cela éteindra la polémique entourant cet édulcorant de synthèse ? Je ne crois pas.

Tous ceux, dont je fais partie, qui pensaient déjà, compte tenu des différentes études et avis rendus par les autorités sanitaires, que cet ingrédient n’est pas dangereux pour notre santé du moment que l’on respecte les doses journalières admissibles, seront confortés. Mais tous ceux qui doutent de l’intégrité de nos scientifiques, qui pensent que les industriels veulent absolument nous empoisonner seront-ils convaincus ? Je ne le pense pas.

Par ailleurs, las d’être constamment la cible des lanceurs d’alerte, de nombreux industriels agro-alimentaires se sont déjà détournés de l’aspartame et emploient aujourd’hui le rébaudioside A, extrait de la stévia ou le sucralose.

Les adeptes de la stévia diront que c’est naturel, contrairement à l’aspartame. Ce à quoi je répondrai que la ciguë, le cyanure, l’amanite phalloïde… sont aussi naturels. Cet argument du « naturel », largement employé par les détracteurs de l’aspartame, n’est pas rationnel mais dans l’inconscient collectif, c’est pourtant ainsi. Ce qui est naturel nous apparaît moins nocif que ce que la chimie a transformé.

Je me pose en revanche une autre question : quel est l’intérêt des édulcorants ? Sont-ils inévitables ? C’est vrai, cela permet aux enfants diabétiques de partager un goûter d’anniversaire sans se sentir exclus, en buvant un soda light, en consommant des bonbons sans sucre… Mais hormis certains cas particuliers, doit-on les utiliser en permanence et toute la vie ? Je ne le crois pas, et ce pour au moins deux raisons :

  • Ils n’aident pas à apprécier le goût nature de l’aliment.
  • Contrairement au sucre, ils n’activent pas dans le cerveau le circuit de récompense. Or, manger sucré, c’est un moyen de se réconforter.

Lorsque je conseille à quelqu’un de prendre un édulcorant à la place du sucre, c’est parce que sa consommation de sucre est trop importante et nuit à sa santé bien sûr. Dans un premier temps, il conserve donc la saveur sucrée sans les calories et différents effets du sucre.

Je lui conseille ensuite de diminuer petit à petit les quantités d’édulcorant tout en choisissant ses aliments de façon à finir par s’en passer tout à fait. Par exemple, quelqu’un sucre en permanence ses salades de fruits, ses fraises… prétextant que celles-ci n’ont pas de goût. Peut-être faut-il simplement changer de lieu d’approvisionnement ou réapprendre à apprécier le goût des fruits, prendre le temps de les déguster, de tester différentes variétés, pour trouver celles que l’on préfère.
Idem pour le sucre dans les yaourts ou les fromages blancs, pour en masquer l’acidité. D’abord on peut tester d’autres marques, ensuite trouver d’autres moyens d’aromatiser, avec des épices par exemple (cannelle, vanille…).

Je me souviens aussi d’un patient qui mettait systématiquement du sucre dans son café et ne voulait pas le supprimer : à mon questionnement, il répond qu’il n’aime pas le café mais désire faire comme les autres ; donc il le sucre pour pouvoir le boire. Ce sont là les conventions sociales qui sont à revoir !

La place du sucre dans tout cela ? Le plaisir. Une pâtisserie à partager en famille, entre amis, ou simplement pour soi, un ou deux carrés de chocolat que l’on déguste à la fin d’un repas, un peu de confiture ou de miel sur une tranche de pain. De petits plaisirs de la vie, simples et à savoir apprécier à leur juste valeur, qu’aucun édulcorant, naturel ou de synthèse, ne pourra jamais remplacer.

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Une réponse à “Nouvel avis de l’EFSA concernant l’innocuité de l’aspartame”

  1. ESCOURBIAC-THOMAS Aurélie , diététicienne libérale MANTES-LA-JOLIE dit :

    merci, Mme négro pour cette rélexion sur l’aspartam. Diététicienne libérale à Mantes la jolie, je constate tous les jours les abus du sucre et de l’ aspartam. le tout est d’apprendre aux patients à réguler leurs envies et se poser la question " la place du "sucré" dans mon alimentation , plaisir ou addiction ??" Aussi je me permets de vous conseiller de lire l’article paru dans le MOnde du 9 février 2013 "une consommation de boisson soda light doublerait le risque de diabète" A méditer. …

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