Food world : nouvel opium du peuple ?
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
On assiste à une explosion planétaire des problèmes de surpoids et d’obésités. Dans le même temps, la nourriture fascine de plus en plus le monde entier.
Le hors-série « la vague gourmande » du Courrier International daté de septembre/octobre/novembre 2014 fait état d’un sondage Nielsen Book Scan constatant une progression des livres de cuisine dans un marché complétement morose. Le bio explose (croissance de 6% sur les premiers mois de l’année 2012 au moment du pic de crise économique en Italie). Aux USA, on est passé d’un marché de 3,7 milliards de dollars en 1997 à un marché de 26,7 milliards de dollars en 2010. Les émissions TV consacrées à la nourriture enregistrent toujours de belles parts d’audience. Les cours de cuisine connaissent un succès tels qu’ils se multiplient à foison avec le risque de saturation.
La gastronomie tend à quitter le seul apanage des femmes pour amener aux fourneaux les hommes. Du coup, parler de cuisine fait partie des conversations de ville comme la politique, l’équipe de France de football…
Savoir cuisiner et savoir parler nourriture sont devenus un atout à exhiber en société.
Une récente publicité Meetic montre des célibataires (tous minces) évoluant dans une cuisine avec des hommes actifs dans la préparation des mets.
Chaque être, même inculte, peut parler sans faillir de la nourriture. Ce sujet fédère tant que l’on reste sur la préparation des plats. En revanche, il peut rapidement devenir source de discordes si on s’avise de parler de régimes ou d’alimentations particulières.
Ce qui m’interpelle, c’est que l’on parle de nourriture, de bonne chère alors que ce microcosme est menacé par l’émergence de modes alimentaires inquiétants comme l’orthorexie (manie de manger sainement), les régimes « sans » (sans gluten, sans lactose, sans viande, sans poisson etc. ). A côté, on devient de plus en plus gros dans le monde, tous les pays étant concernés par cette épidémie.
Ce que l’on nous montre est-il la réalité du terrain ? Mangeons-nous réellement plus sain ? Ou bien le mal est là et nos dérives alimentaires se payent par l’explosion des maladies sociétales comme le diabète de type 2 et les obésités.


