Ces phrases trop entendues…

Par Sylvie Benkemoun, membre du Think Tank ObésitéS, psychologue psychothérapeute spécialiste des questions d’obésité.

En réaction à l’article « maladresses et obésités » de Catherine Grangeard

Parler de son histoire d’obésité c’est souvent relater la première phrase-choc entendue dans un cabinet médical, datant le début d’un parcours jamais terminé.

Du pédiatre informant une maman qui s’affole, en passant par la pesée, à l’école sans discrétion et sans oublier les visites médicales, les occasions d’alerter sur le poids dépassant les normes sont nombreuses. Malheureusement, il n’existe pas de formation pour apprendre la prudence et l’empathie. Or, ces mots blessants ou situations choquantes s’inscrivent profondément. Ils développent une peur de consulter pour les personnes qui en ont le plus besoin et une errance médicale souvent longue, aggravant la situation.

« Mais vous savez que vous êtes obèse », mot si lourd de sens dans un environnement qui distille la peur d’être trop gros et le devoir de minceur.
« Avec votre poids, vous écourtez votre vie de X années ! ».
« A votre poids, difficile d’avoir un enfant ».
« Perdez du poids pour rencontrer l’âme sœur ».

Entre représentations discriminantes et réalités médicales, un amalgame existe parfois, à l’insu du praticien qui peut être bienveillant et soucieux d’informer. Ces jugements touchent souvent la féminité et la possibilité de séduire. Ils portent aussi sur le désir d’enfant, les questions de fertilité, de procréation. Ils se manifestent par ces injonctions si sévères à perdre du poids pour avoir ou « mériter » cet enfant.

Dans ces parcours de chronicité, les occasions de blesser sont nombreuses. Les effets de ces blessures se potentialisent au point de pouvoir devenir paralysants, aggravant les troubles du comportement alimentaire et la perte de l’estime de soi. Comment ne pas nuire ? Ce devrait être la première des préventions médicales.

En écartant définitivement ces phrases trop souvent entendues :
« Dans les camps il n’y avait pas de gros ».
« Vous n’avez jamais songé à maigrir ? ».
« Avec votre poids je ne peux pas vous examiner ».
Et tant d’autres, donnant envie de se cacher ou de s’enfuir.

Alors, faut-il continuer à faire peur ou proposer des pistes en fonction des possibilités de chacun ? Même si le résultat n’est pas idéal et peut sembler insuffisant.

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