Chacun pour soi, chacun son plat. Urgence, réhabilitons le manger ensemble !
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
Nous mangeons en moyenne 70 000 fois dans notre vie. Nous passons 6 ans de notre vie à manger (et 25 à dormir).
Se nourrir est indispensable à la vie car la privation de nourriture est associée à la mort.
Le particularisme de la restauration française repose sur le manger ensemble, sur le partage d’un moment de convivialité. On évoque la commensalité.
Les crises sanitaires successives, la pandémie des obésités, le développement du diabète dans le monde, les prises en compte du bien-être des animaux, le succès des régimes (à la gomme), les reportages alarmants sur la dégradation des conditions d’élevage, d’abattage, de culture, les réflexions sur le gaspillage alimentaire, la pauvreté et la fracture sociale entraînent le développement de sentiments de culpabilité vis-à-vis de la nourriture quotidienne et du manger ensemble. De plus en plus de personnes se dirigent vers de nouvelles mœurs alimentaires (végétarisme, végétalisme) rendant de plus en plus incompatible le manger ensemble.
Claude Fischler a évoqué dans un ouvrage récent « Mangerons-nous encore ensemble demain ? ». La question saugrenue, il y a 100 ans, ne l’est absolument pas actuellement. Notre société égoïste cultive les particularismes au détriment de la collectivité. Ce chacun pour soi, se traduit par chacun son plat. Et on en arrive même à entendre de plus en plus la plaisanterie en début de repas : au lieu du « bon appétit », on se souhaite « bonne chance » !
La société est anxiogène pour les adultes et encore plus pour les jeunes. L’enquête récente du Crédoc de 2012, étudiant l’alimentation des jeunes Français de la tranche 15-25 ans, était stupéfiante dans ses conclusions. Les jeunes Français mangent plus mal (plus gras) que les Américains de la même tranche d’âge ! L’agence Standard and Poor’s n’a pas déclassé la gastronomie française mais il y a sûrement de quoi s’inquiéter pour l’avenir. Les inquiétudes légitimes mises en avant sur la qualité alimentaire sont en train de faire paniquer les jeunes générations ou les démotivent complétement à se prendre en charge et à mettre en place une politique de prévention hygiéno-diététique. Il est compliqué d’être jeune mais ne faut-il pas leur laisser un peu de liberté et arrêter les injonctions qui paraissent contre-productives. Comme le chocolat Lindt, il faudrait « un peu de douceur dans ce monde de brutes ».
Notre politique de prévention ne doit pas reposer sur des messages rendant encore plus anxieux les jeunes générations, cela ne sert à rien et n’est pas entendu. Il faut plutôt enseigner le manger ensemble comme élément fédérateur et unificateur d’une société hétérogène, plurielle.
Il faut apprendre à vivre ensemble dans ces moments de désarroi et cela passe par apprendre à manger ensemble et à accepter l’autre. Le sectarisme alimentaire aboutit à du terrorisme alimentaire. Il faut également réhabiliter l’éthique à tous les niveaux aussi bien des industriels de l’agro-alimentaire, des distributeurs, des producteurs, des médecins, des politiques… Mais je suis un doux rêveur !




Le Dr Arnaud Cocaul, médecin nutritionniste n’est pas « un doux rêveur » mais un réaliste en matière d’habitude alimentaire. Le manger ensemble est l’instant où l’on peut partager ses recettes de cuisine, la qualité gustative d’un plat étant différente selon la nature de sa préparation. Autre discussion et non des moindres, l’échange des bons plans du marché : ainsi le marché du dimanche matin, Place Monge (5ème) un producteur délicieux propose des fruits direct de Normandie, fraises 500gr (3,60 euros) pommes et poires à la saison (1,70 euros Kg) … Le marché c’est le lieu même de la convivialité : regarder les légumes, poireaux ( à cette période des poireaux en vinaigrette c’est délicieux !), petits pois, épinards … les salades vertes de la feuille de chêne à la laitue, sans oublier les fruits à l’image de l’abricot et des cerises …
Il est urgent de réhabilité le goût d’une cuisine simple, où librement on peut choisir son assaisonnement et non subir ….choisir son menu en fonction des étals du marché, de son appétences pour tel ou tel légume …
En période de crise, revenir aux fondamentaux serait fondamental, l’obésité fondrait sans doute comme neige au soleil …!