Sexualité, en parler simplement et naturellement
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’institut Pasteur de Lille, spécialiste en Endocrinologie et maladies métaboliques.
La sexualité est un sujet méritant beaucoup de délicatesse et de tact. En consultation les patients avec lesquels une relation de confiance a été établie en parlent, et ils sont heureux d’être écoutés. Le drame est de chosifier la relation sexuelle comme une technique ou une « fonction plaisir » isolée de son sens. En parler simplement et naturellement apaise déjà beaucoup et dédramatise des difficultés qui sont souvent psychologiques ou traduisent un problème de couple.
La personne obèse est, avant tout, une personne comme les autres. Mais, elle est culpabilisée par son gros corps, habitée par une mésestime de soi. Elle pense qu’elle ne peut avoir droit à une sexualité normale. Les femmes sont « cruelles » envers elles-mêmes ; les hommes finissent par croire qu’ils ne peuvent plus avoir de vie sexuelle. Dans les deux cas, il faut leur redonner confiance en eux.
Mais il ne faut pas oublier que l’image de la sexualité a pu être définitivement dégradée chez des femmes dont l’obésité a commencé après un viol ou un inceste, un avortement ou un acharnement procréatique. Soulever le voile peut être un début de libération mais, souvent, les dégâts sont définitifs. Quant au terrorisme anti gros, il s’exprime parfois dans les couples quand le mari fait pression sur sa femme pour qu’elle maigrisse sous peine de ne plus être désirable. Dans ce cas, occupons-nous aussi des conjoints pour aider nos patients !


