La chirurgie : pour qui ? Comment ? Et après ?
Par Patrick Bergevin, membre du Think Tank ObésitéS, chirurgien digestif
En réponse à un article qui souligne la croissance exponentielle de la chirurgie de l’obésité (le nombre de chirurgies de l’obésité a triplé en 7 ans sur le site pourquoidocteur.fr), il faut s’interroger. Certes, l’obésité devient un fléau endémique. Certes, la chirurgie permet un retour en arrière quand on est en obésité morbide, contrairement aux régimes yoyos qui ne font qu’aggraver le problème. Pour autant, tous les obèses doivent-ils envisager la chirurgie ?
Certains ne souffrent pas de comorbidités (et, mis à part les grands obèses, l’évolution vers les ennuis de santé ne semble pas si inéluctable que prédit auparavant). D’autres souffrent dans leur corps des conséquences de leur poids (articulaires, respiratoires, cardiaques, etc.).
Aujourd’hui, la majorité de ces chirurgies concerne plutôt des femmes, encore jeunes, dont le surpoids n’est pas encore sévère mais qui ne se supportent plus. Souvent, tout a commencé à l’adolescence, avec le désir de plaire et pour cela l’obligation de répondre aux critères de mode, à la ligne-mannequin.
C’est donc dans l’image, le regard des autres, la pression de ceux du même âge et de la famille, puis de toute la société, que se situe le problème.
Puis, de régime en régime, le poids monte inéluctablement. La confiance en soi disparait, le comportement alimentaire naturel se dégrade et devient incohérent, avec une perte des repères.
Comme tout le monde le fait, on en vient alors à la solution chirurgicale, qui fait partie elle-même du système de notre « société de consommation ». Tout cela n’est pas très raisonnable…
Il est clair que chercher une solution miraculeuse par le bistouri, c’est faire l’impasse sur tout ce qui s’est passé en amont, sur l’histoire individuelle de chaque obèse. Il y a toujours des raisons. Faire l’économie d’une démarche d’introspection préalablement à la chirurgie est un mauvais calcul : le résultat peut se détériorer après des débuts prometteurs. Modifier le tube digestif sans changer un peu « la tête » peut apporter de cruelles désillusions.


