Miracles, mirages et vérités
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
En réaction à l’article « dérives de la chirurgie de l’obésité » de Patrick Bergevin
La chirurgie de l’obésité dite bariatrique fait l’objet de demandes régulières de la part de patient(e)s pas toujours au courant des tenants et aboutissements.
On ne se fait pas opérer comme si on se faisait faire un piercing. Il s’agit d’un geste chirurgical rendu nécessaire par l’impossibilité de maigrir autrement. Je dis toujours que c’est une « chirurgie de l’échec. » Echec médical, aggravation régulière ou blocage du poids avec des complications de santé. Le suivi sérieux, d’au moins 6 mois, en nutrition n’a pas permis de débloquer la situation et la balance bénéfice/risque est en faveur d’une telle chirurgie. En France, on distingue essentiellement 3 types de chirurgies : la gastroplastie par anneau gastrique, la sleeve qui consiste à manchonner l’estomac et le by-pass qui court-circuite une partie du tube digestif et de l’estomac.
Bon nombre de patients imagine qu’en perdant du poids, tous les problèmes vont être réglés (un peu comme s’ils gagnaient au loto). Force est de constater qu’un nombre trop élevé disparaît dans la nature après la chirurgie, pensant qu’ils sont guéris de leur obésité. On ne guérit pas d’une obésité ! Le stock de cellules adipeuses une fois constitué est immuable et ne varie qu’en taille et non en nombre. Le poids peut donc se reconstituer.
Un patient était venu me voir après un by-pass au décours duquel il avait perdu 80 kgs en 6 mois. Des neuropathies irréversibles par carence en vitamines B sont apparues malgré qu’il ait été briefé sur la question. Il pensait qu’il s’agissait plus d’un conflit d’intérêt entre le médecin et le laboratoire de compléments alimentaires qu’une vraie nécessité. Psychologiquement atteint, il a demandé à reverser son by pass, ce qui a été fait, avec reprise intégrale des kilos perdus. Pas d’amélioration de la neuropathie mais un confort moral plus grand.
Une patiente, après avoir perdu du poids de façon conséquente, m’a dit qu’elle était aussi malheureuse qu’avant !
Une patiente amaigrie (passant d’une obésité massive à une discrète surcharge) a perdu son mari dans une grande surface. Il l’attendait au rayon grande taille et n’avait pas remarqué qu’elle était devenue fine.
Le soutien psychologique est impératif et on ne doit pas en déroger. Il est aussi nécessaire auprès des proches (mari ou épouse, enfants). Le suivi médical se fait à vie.
On doit détourner nos patients de la quête d’informations hasardeuses sur Internet, seconde source d’informations après le médecin !
Les patients doivent écouter, entendre mais aussi comprendre nos propos ! Nous devons nous en assurer.
Mots-clés : Arnaud Cocaul, bariatrique, chirurgie, dérive, obésité, opération, régime, surpoids




Je pense que les chirurgies bariatriques (ce que j’en entends et lis, vous noterez…) sont des « produits » mal « marketés », ou plutôt mal emballés.
J’entends déjà hurler les médecins en voyant que l’on parle de leur pratique en des termes si commerciaux.
Mais pourtant, des méthodes plus marketing utilisées par le monde médical permettrait peut-être de construire une démarche de santé autour de l’acte chirurgical, plutôt que d’avoir la « promesse produit » du scalpel magique au premier plan, et un accompagnement psy vu, au mieux, comme un « cadeau bonus », et, au pire, comme une contrainte.
Je ne suis pas surpris d’entendre des patients en attente de chirurgie aller à reculons voir le psy à qui échoit la lourde tâche de valider ou non la demande de miracle. Et pourtant, l’approche psy est fondamentale.
Dés lors, l’approche « marketing » nouvelle pourrait peut-être (à mon humble avis qui manque cruellement de terrain !! Et je ne doute pas que bon nombre de soignants font de leur mieux déjà aujourd’hui !!) de présenter non pas une intervention chirurgicale comme telle, mais une « démarche globale de prise en charge des personnes en souffrance » (notez déjà dans les mots le recul de l’obésité, qui n’est plus ipso facto l’origine des souffrances) au sein de laquelle la chirurgie bariatrique serait UN DES outils qu’il conviendrait d’utiliser au moment le plus opportun. C’est à dire dans le cadre d’un TIMING à élaborer en équipe (dont le patient). Ce timing serait à replacer à l’échelle de la durée de vie totale du patient, pour un bénéfice maximal (ou du moins maximisé).
La position du psy ne serait plus de répondre à la question du patient : « Ai-je le droit de me faire opérer ? » (ce qui effectivement amène le patient à adopter une stratégie de séduction du psy pour obtenir son « laissez-passer »).
Mais plutôt de prendre le temps avec le patient d’élaborer ensemble le timing le plus favorable à la réussite de l’acte chirurgical. Ainsi, la relation psy serait, à mon sens, plus favorable. La carotte fantasmatique première demeure (l’opération), le bâton disparait (plus de méchant psy), et un travail multidisciplinaire s’engage, assorti d’une élaboration psychique, non seulement chez le patient, mais dans le groupe soignant également.
Ce n’est plus « oui ou non pour la chirurgie maintenant », mais plutôt « oui pour la chirurgie, mais quand le moment sera venu. Une chirurgie c’est pour une vie ».
Voilà le fond de ma pensée sur le sujet. Je prie cependant tous les vrais professionnels de bien vouloir excuser ma naïveté d’étudiant.