Dérives de la chirurgie de l’obésité

Par Patrick Bergevin, membre du Think Tank ObésitéS, chirurgien digestif.

La chirurgie de l’obésité s’est répandue à travers le monde comme une trainée de poudre depuis une quinzaine d’années. C’est maintenant une part importante de l’activité de beaucoup de chirurgiens digestifs. Certains se sont même spécialisés dans cette activité. Et sous la pression de la mode, des critères de minceur et du regard de la société, les personnes en surpoids y recourent de plus en plus.

Le parcours d’un obèse varie bien sûr en fonction de son histoire personnelle. Bien souvent les régimes yo-yo débutés à l’adolescence sont pour une grande part dans la genèse de l’obésité. Ils font perdre les repères naturels de l’organisme qui assurent la régulation de l’alimentation en fonction des dépenses énergétiques de chacun. D’échec en échec, ils induisent un état dépressif avec culpabilisation et dépréciation de soi. Remettre en place une alimentation « naturelle » et reprendre confiance sont des préalables nécessaires si on veut aborder cette chirurgie avec des chances de bons résultats à long terme.

Mais il doit y avoir une réelle préparation avec Psy et Diet qui doit se situer avant l’opération car l’expérience prouve qu’on ne peut l’obtenir correctement après. Or en France les critères de prise en charge par la Sécurité Sociale reposent essentiellement sur le calcul de l’IMC (poids/taille au carré). La préparation est inscrite dans les textes de la Haute Autorité de la Santé mais en pratique le plus souvent réduite à sa plus simple expression : un coup de tampon sur le passeport pour la chirurgie.

Beaucoup d’obèses présentent un terrain psycho-affectif fragile. Un opéré dont les tensions émotionnelles demeurent inchangées parce qu’il n’a pas été encouragé dans un parcours correct a de bonnes chances de vivre une reprise pondérale progressive avec le temps. Les mêmes soucis produiront chez lui les mêmes effets qu’auparavant (le grignotage en est un exemple parlant).

La décision opératoire devrait donc être collégiale après que le candidat ait réalisé un vrai travail avec l’équipe, de durée variable en fonction de chacun. Cela pourrait éviter bien des échecs à plus ou moins long terme, sources de ré-interventions inutiles grevées chaque fois de risques plus importants, et d’un poids financier considérable pour la société.

Balises : , , , , , , , ,

3 responses to “Dérives de la chirurgie de l’obésité”

  1. serge Rumeaux says :

    Bonjour, je suis témoin et directement concerné.
    obèse dès l’age de 6 ans, la prise en charge n’a toujours été que nutritionnelle ( le Fringanor était de mise même pour les enfants et les injections de thyroIde ) .
    Après 40 années de galère et de yo yo, j’ai du pour des raisons de santé subir une sleeve, mais je ne me considère pas comme guéri.
    Les démons alimentaires sont toujours présents et guettent les moments propices ( dépressif chronique).
    J’ai créé une association de patients, deux psychologues bénévoles nous aident et je peux confirmer que 95 % des membres de notre groupe sont psychologiquement fragile et souvent sous traitement antidépresseur.
    ( notre site http://www.grapeos.fr)

  2. aeliebmann says :

    La chirurgie est une solution certes mais devrait ne pas être un choix de société mais l’ultime dernier recours, après des efforts de rééducation alimentaire encadre.
    Il est tout a fait regrettable que la reprise d’une activité physique a l’image de la natation ne soit pas mieux développée comme aide dans ce parcours de rééducation alimentaire.
    La réservation de ligne d’eaux pour une reprise d’activité a l’abri de regards indiscrets est hélas souvent un parcours semé d’embûches, dont le développement est largement insuffisant…ce qui allègerait auusi l’ardoise financière de la Sécu …
    C’est un problème de sanitaire qui mérite plus d’attention qu’un simple tampon pour une chirurgie dangereuse pour le patient qui n’en mesure pas l’ensemble des aléas

  3. DALARUN Pierre says :

    Le chemin conduisant vers une chirurgie digestive doit effectivement être évalué, balisé et encadré mais l’après-chirurgie mérite tout autant un accompagnement sur les plans médical, psychologique et corporel.
    Concernant ce dernier plan il est possible de recourir à l’aide d’un(e) psychomotricien(ne).
    Ce professionnel peut proposer des pistes de travail :

    Quand le corps amaigri n’est pas accepté et que la personne ne se reconnaît pas.
    Quand l’équilibre postural est désorganisé entraînant d’éventuelles douleurs articulaires, musculaires, cutanées ou viscérales.
    Quand la personne a du mal à investir l’activité physique, support indispensable de l’amélioration de son état de santé et de la stabilisation de son poids.
    Quand la perception de l’espace est perturbée par une mauvaise intégration du nouveau schéma corporel.
    Quand la relation à l’autre est mal vécue.

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