Quand les émotions font manger
Par Nathalie Négro, membre du Think Tank ObésitéS, diététicienne, responsable du Centre Nutritionnel des Thermes de Brides-les-Bains.
En réaction au texte « Obésités : c’est la faute aux émotions » de Sylvie Benkemoun
La prise alimentaire en réponse à une émotion, positive ou négative, est chose fréquente et normale. Elle peut dans certains cas être cause de prise de poids. Distinguons plusieurs cas.
Un stress induit une émotion négative, saine mais dérangeante (tristesse, colère, honte, culpabilité…), destinée à nous obliger à résoudre la situation problématique. Cependant, il arrive que cette émotion nous submerge. Nous réagissons alors en nous adonnant à une activité apaisante, variable selon les centres d’intérêt de chacun. Manger, en activant les circuits de récompense au niveau cérébral, appartient à ces réponses non spécifiques. Il s’agit souvent d’un aliment consolateur, souvent gras et/ou sucré du fait de la sécrétion de sérotonine et d’endorphines que ce type d’aliments génère. Cet aliment « doudou » nous plonge dans des souvenirs heureux et apaisants.
Malheureusement, chez certains, le message est brouillé par la restriction cognitive. La personne culpabilise parce qu’elle mange un aliment qu’elle pense être « grossissant ». Ainsi, au lieu de réduire à un niveau acceptable les émotions négatives, ces dernières sont exacerbées. S’ensuit un cercle vicieux : n’étant pas apaisée, la personne continue de manger, renforçant encore un peu ces émotions négatives, donnant lieu à des compulsions alimentaires.
Autre possibilité : au lieu d’avoir un éventail d’activités de détente (physique, sociales, intellectuelles, manuelles), la personne n’a qu’une seule réponse face aux émotions négatives, manger. Cela peut aussi entraîner une prise de poids. Dans ce dernier cas, on travaillera avec elle sur les dérivatifs, pour varier de l’alimentation.
Concernant la première situation, il s’agira de lutter contre la restriction cognitive, pour retrouver une relation sereine avec l’alimentation. Les exercices de dégustation, pour tirer un maximum de plaisir de petites quantités et se réconcilier avec les aliments denses en énergie, seront d’une grande aide.
On parle moins souvent des personnes qui mangent lorsqu’elles ressentent des émotions positives. Le fait de manger viendra renforcer le sentiment de bien-être. Là encore, ce ne sera problématique que si c’est systématique ou si la personne culpabilise en mangeant.
Enfin, il arrive que certains cumulent les deux situations : ils mangent pour renforcer les émotions positives et pour apaiser les émotions négatives.
Pour toutes ces situations, un travail avec un psychologue ou un psychiatre sur la gestion des émotions et le comportement qui lui est associé s’avère primordial.



