Obésités : c’est la faute aux émotions
Par Sylvie Benkemoun, membre du Think Tank ObésitéS, psychologue psychothérapeute spécialiste des questions d’obésité.
En réponse à l’article paru dans le Figaro santé le 15 septembre avec l’intervention de Catherine Grangeard (cliquez ici pour voir l’article).
Face à ces obésités qui résistent, la recherche du ou des « coupables » se complexifie pour entrer à présent dans le monde des émotions.
De façon intuitive, il est facile de se rendre compte à quel point un chagrin d’amour peut faire tomber dans la boîte de chocolat ou couper toute envie de manger. Calmer le stress en grignotant n’est pas l’apanage des personnes obèses. Tout est question de dosage, de fréquence et d’idées négatives associées.
Sommes-nous tous égaux face à ces émotions qui poussent à manger ? Voilà la question. « La personne qui se réfugie dans la nourriture lorsqu’elle est envahie d’émotions a introjecté un avis négatif sur elle », nous dit Catherine Grangeard. Et si nous partions du début.
L’expression des émotions peut être dépendante de la relation d’attachement avec la mère ou de son substitut et de toutes ces histoires d’enfance qui ont mal commencé (ruptures, traumatismes, abandon, maltraitance).
Manger, se remplir, peut alors devenir une façon univoque de conserver un équilibre mis à mal, qui s’inscrit de façon inconsciente.
Au fil du temps, des régimes et des échecs des tentatives d’amaigrissement, il devient souvent difficile de sortir de ces boucles comportementales qui s’auto-entretiennent.
Manger au lieu de ressentir la colère, la fatigue, l’ennui.
Manger par peur d’être triste ou trop joyeux, peur d’être débordé(e) par ces émotions non reconnues et traitées toujours de la même façon.
Manger au lieu de dire non, de se mettre en colère ou en risque de désamour.
Et comme si cela ne suffisait pas, il y a ce regard qui juge et qui exclut.
Honte de se sentir non conforme, coupable de ne pas maigrir. Ces deux émotions si fortes sont au premier plan. Elles empêchent de ressentir des émotions plus simples et d’en avoir les informations. Honte face au regard qui juge, au risque d’être aveugle à la bienveillance qui peut exister aussi.
La culpabilité de ne pas réussir à maigrir qui alimente les échecs et les renoncements.
Culpabilité renforcée par ces questionnements incessants sur les chiffres de l’obésité qui augmentent, par ces mots si forts martelés dans un environnement qui lutte contre l’obésité sans y parvenir.
Et si on décrétait un moratoire dans la recherche des coupables pour faire baisser le niveau de la peur et de la souffrance à ne pas être de poids standard ?



Non, ce n’est pas la faute des émotions !
Les émotions font partie de la vie. Elles ne sont ni bonnes ni mauvaises, en soi. Parfois, elles sont bonnes parfois mauvaises, c’est à dire adaptées, proportionnelles, etc…
C’est parce qu’on a aimé que l’on a peut-être un chagrin d’amour… sans affect, la vie aurait bien moins de sel.
Parfois, être débordé d’émotion, c’est merveilleux. Parfois, c’est affreux. Mais n’est-ce pas tout à fait normal de souffrir ? Je ne sais pas, prenons un deuil. ça fait mal. Eh bien, être envahi-e d’émotions alors, incapable de les maîtriser, n’est ce pas juste le signe d’être normal-e ? Pitié, cessons d’accuser les émotions ! D’autant que cela plombe encore un peu plus la personne qui se sent coupable de ne pas savoir les gérer…
Ce débat est essentiel et en creusant on ouvre de nouvelles façons de dépasser des impasses.
Ici, nous ouvrons clairement des possibles alors que sinon on tourne en rond…