Manger la belle affaire mais manger avec plaisir !
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
On décrie fortement l’alimentation moderne. Cela est parfois justifié lors des scandales alimentaires liés à des malversations parfaitement condamnables. Toutefois ces critiques peuvent s’avérer injustes quand on se défie de l’agro-alimentaire sous le vocable « tous pourris ». Cela tend à développer des troubles du comportement alimentaire ou des extrémismes alimentaires avec des régimes d’exclusion.
Je pense que malgré tout, nous sommes mieux protégés dans notre pays de la malbouffe et de l’insécurité alimentaire que dans d’autres pays. On ne se pose plus la question de savoir si on pourra manger demain, car demain, dans notre pays, on aura de quoi manger. La faim, telle que l’écrivait Knut Hamsun dans son livre éponyme, est heureusement rarissime en France.
Ce que l’on peut reprocher à l’alimentation moderne, c’est l’affadissement du goût. Les tomates, les fraises, les abricots, les légumes n’ont plus le même goût que dans notre enfance mais un goût plus formaté, plus convenu, plus monotone.
Il faut réveiller le goût, le stimuler pour éduquer notre cerveau. Notre système de récompense provenant de centres gustatifs primaire et secondaire sera plus opérationnel et n’incitera pas la multiplication des prises alimentaires. L’objectif est alors de percevoir le plaisir attaché à la nourriture.
En uniformisant le goût, on appauvrit la culture culinaire. Nous mangeons « triste », plus par obligation que par hédonisme. Le plaisir alimentaire doit être mis en avant. Ce qui est marquant lorsqu’on interroge des personnes en obésité, c’est le nombre d’entre eux qui mangent par obligation et non plus par plaisir. Certains de mes patients mangent allongés à la romaine (période décadente) devant leur TV ou sur une table basse « à la va vite ». Où est le plaisir alimentaire ?
C’est pour cela que les régimes sont asociaux puisqu’ils s’opposent à la commensalité. Le plaisir alimentaire s’enseigne au sein même de la famille. Perpétuer le goût est la mission des cuisiniers, de l’agro-alimentaire, des nutritionnistes et des diététiciens.


