Où commence la stigmatisation ?
Par Nathalie Négro, membre du Think Tank ObésitéS, diététicienne, responsable du Centre Nutritionnel des Thermes de Brides-les-Bains.
Une étude, parue le 28 avril dernier dans le JAMA Pediatrics (Weight labelling and obesity, a longitudinal study of girls aged to 10 19 years), a suivi des jeunes filles américaines en surcharge pondérale à l’âge de 10 ans et étudié leur devenir à 19 ans. Le point de comparaison : certaines avaient été rangées dans la catégorie « grosses » par l’entourage, le personnel médical… et les autres pas. Après ajustement sur les autres facteurs, notamment socio-économiques, les auteurs ont constaté une augmentation de 66% du risque d’être obèse à l’âge de 19 ans dans le groupe « étiqueté grosses ».
Pourquoi cette prédisposition ? Plusieurs explications semblent possibles.
Sachant qu’elles sont grosses, elles vont tout mettre en œuvre pour maigrir et si elles sont mal accompagnées, elles vont commencer le cercle infernal des régimes, avec le risque de frustrations et de compensations inhérent.
Elles auront aussi une image négative d’elles-mêmes. Elles se sentiront exclues, différentes des autres à un moment de la vie où le désir d’appartenance à un groupe est très fort. Ce mal-être pourra être compensé en mangeant, en se renfermant ou en bougeant moins. Autant d’attitudes qui aggravent l’excès de poids.
Que faire alors ?
Nous devons tous être vigilants face aux propos tenus, entourage comme professionnels de santé. Dire à un enfant ou un adolescent qu’il est obèse ne présente aucun intérêt. En revanche, il faut travailler avec lui et sa famille sur son mode de vie, son alimentation… C’est avec cet objectif commun que les parents doivent présenter la consultation nutritionnelle à l’enfant. La famille dans son ensemble doit impérativement être partie prenante dans ces changements. Il est aussi du devoir du professionnel de mettre en garde les parents contre toute discrimination, comme : « j’achète des gâteaux, mais ils sont pour tes frères, pas pour toi ! ». Enfin, l’entourage doit éviter absolument les sobriquets dont sont souvent affublés les enfants : les « ma grosse » ou « mon gros », « bou-boule »… doivent être bannis. S’ils ne sont pas toujours dits méchamment, ils n’en marquent pas moins les enfants.
Et pour terminer, n’oublions pas que même s’ils maigrissent à l’âge adulte, les enfants gros garderont longtemps (voire à vie) une image d’eux-mêmes marquée par ce problème. C’est dire si l’accompagnement compte !
Les réactions au post de Nathalie Négro
- La stigmatisation, facteur d’aggravation de l’obésité
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’institut Pasteur de Lille, spécialiste en Endocrinologie et maladies métaboliques.


