Code couleur : la cacophonie continue
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, spécialiste en endocrinologie et maladies métaboliques.
En réponse au texte « Code couleur : la cacophonie commence… » de Nathalie Négro
Carrefour a proposé un système d’étiquetage nutritionnel dont le but était de « griller au poteau » le système qui sera proposé par l’Etat.
Même si les experts ayant soutenu cet étiquetage sont tout à fait honorables, je désapprouve totalement cet étiquetage. Il est plein de bonnes intentions mais il n’est pas juste :
- Comme le code couleur, il ne tient pas compte de la quantité. Il n’induit pas la notion de vraie diversité. Il est basé sur des erreurs scientifiques : « le gras, les acides gras saturés c’est mauvais ». Il est contre-productif en terme de compréhension de la nutrition réduisant les aliments à une somme de nutriments.
- Il n’est pas clair pédagogiquement. Il peut même induire des erreurs.
Pour un aliment « une fois par jour » : qu’est-ce que cela change si j’en mange peu ? Puis-je manger un autre aliment « une fois par jour » ?
Pour un aliment « 3 fois par jour », germes de soja par exemple, si j’en prends 3 fois/jour chaque jour est-ce correct ? Bonjour la diversité ! Bonjour la restriction cognitive !
Il faut stopper toutes ces injonctions qui n’ont jamais fait leurs preuves. Elles peuvent éventuellement accompagner un discours personnalisé en consultation poids/métabolisme individualisée.
Bref les seuls étiquetages acceptables sont factuels : la composition (éventuellement avec un repère / recommandations journalières).
On ne va quand même pas réduire tout notre travail et nos recherches en nutrition à ces messages tronqués.


