Payer les patients : une méconnaissance absolue de l’obésité
Par Nathalie Négro, membre du Think Tank ObésitéS, diététicienne, responsable du Centre Nutritionnel des Thermes de Brides-les-Bains.
En réponse à l’article « Faut-il payer les patients pour qu’ils maigrissent ? » de JM Lecerf
Est-il vraiment surprenant qu’une telle idée soit avancée ? Elle rejoint une pratique en vogue et en plein essor depuis 2009 aux Etats-Unis. Les entreprises organisent des concours d’amaigrissement pour leurs employés, seuls ou en équipes. A la clé, des primes. Outre le fait que cela engendre une concurrence malsaine entre les employés, c’est évidemment la porte ouverte à tous les régimes imaginables, avec des conséquences délétères sur la santé, aussi bien mentale que physique. On voit bien transparaître dans ce type de démarche une méconnaissance absolue de l’obésité.
D’une part, on considère que les personnes en surpoids ou en obésité doivent toutes maigrir, ce qui n’est pas le cas. D’autre part, on affirme que maigrir n’est qu’une question d’envie. Que fait-on de la génétique, la physiologie, la gestion des émotions, l’image de soi, le mode de vie… ?
D’une façon plus générale, puisque cette idée avait au départ germé pour une meilleure observance des traitements des malades, je pars d’un principe simple : si on ne comprend pas quelque chose, on ne l’applique pas. Si on en a peur, non plus.
Je vois fréquemment en consultation des personnes qui prennent des médicaments sans savoir précisément à quoi ils servent et sans savoir à quoi ils s’exposent s’ils les arrêtent. Ainsi, parce qu’ils se sentent mieux, ou parce qu’ils en ont assez de prendre des médicaments tous les jours, parfois de façon répétée dans la même journée, ou encore parce qu’ils se méfient des médicaments suite aux récentes affaires qui ont défrayé la chronique, ils expérimentent l’arrêt du traitement ou l’espacent. Des explications au départ, de l’éducation thérapeutique pour les maladies chroniques seraient à mon sens plus utiles que d’envisager de payer les patients.
Payer résoudrait-il tout ? Nous sommes certes dans un monde régi par l’argent, mais tout de même, conservons un peu d’humanité !


