L’anamnèse ou comment mieux appréhender le présent en comprenant le passé
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
On évoque désormais une origine développementale des maladies de l’adulte. Elles naissent dans la période intra utérine et au cours des 2 à 3 premières années de vie. Les anglo-saxons prennent en compte l’ensemble des périodes de la vie de l’adulte pour mieux analyser le risque de maladies chroniques, on parle d’épidémiologie biographique.
Les chercheurs évoquent une plasticité précoce permettant à l’organisme en formation de s’adapter au mieux aux réalités environnementales et à ses contraintes. Ainsi certaines obésités de l’adulte pourraient être en partie expliquées par cette mise en condition préalable. Si le fœtus a baigné durablement dans une hyperglycémie maternelle (par exemple, en relation avec de mauvais choix alimentaires de la mère), cela incite à une augmentation incongrue de la masse grasse dès la naissance.
Autre période critique, les 6 premiers mois de vie. Pour certains chercheurs, il s’agit de la période la plus périlleuse (source Botton J. et al, Am J Clin Nutr 2008 ; 87 : 1760-8). Le père, s’il est obèse, apparaît être un facteur de croissance du poids de l’enfant sur cette tranche d’âge. Selon les études, cela est lié à la disparition de l’effet maternel dans les 6 premiers mois.
3ème période à risque : l’analyse de l’âge de rebond d’adiposité. Avant 7 ans, cela prédit un risque accru d’obésité à l’âge adulte, d’où l’importance de carnets de santé bien remplis.
Bref, la prévention commence in-utéro. Nous devons avoir un rôle explicatif vis-à-vis de chaque femme enceinte pour lui faire prendre conscience de l’impact durable de la nutrition sur la santé y compris à l’âge adulte de son futur enfant.


