Les bisounours en guerre contre l’industrie agro-alimentaire
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
En réaction à l’étude publiée dans le British Journal of Sports Medicine (22 avril)
3 chercheurs britanniques (éditorial paru dans le British Journal of Sports Medicine) détruisent le mythe de l’exercice physique comme seule solution à l’obésité et préfèrent se focaliser sur les pratiques de l’industrie agro-alimentaire les assimilant à celles de l’industrie tabagique. Je dirai qu’il s’agit d’une non-nouveauté et que depuis longtemps les spécialistes du poids préviennent leurs patients sur l’absence de perte de poids lors de l’activité physique. Faire croire à un patient qu’il peut maigrir en faisant 2 fois par semaine du sport de loisirs relève de la fumisterie et du non-sens médical.
Cela figure dans le panégyrique des idées fausses que de laisser entendre à un pratiquant d’une salle de sport qu’il va pouvoir perdre efficacement du poids (sous couvert d’un abonnement au prix fort). Le sport remodèle la silhouette et permet de gagner en masse maigre sèche au détriment de la masse grasse. On peut ne pas perdre sur la bascule mais gagner des centimètres de tour de taille signifiant bien une perte de masse grasse viscérale. On connaît des obèses musclés (Teddy Riner) et des minces adipeux car ils sont sédentaires.
La vraie raison de l’article est l’attaque en règle des produits déficients en valeur nutritionnelle et la « corruption du message de santé publique qui encourage une bonne alimentation et de l’exercice ». Les auteurs accusent les industriels de détournement en masquant l’effet négatif de leurs produits et en s’arrêtant simplement à l’addition calorique.
Pour les industriels, une calorie reste une calorie. Mais les auteurs de l’étude estiment que l’origine des calories prédomine. Ils visent plus spécifiquement les calories issues des produits sucrés comme le cola en ajoutant que les graisses contribuent à la satiété. Ils appellent à accroître ainsi la pression fiscale sur ce type de produits.
Je pense que tout cela contribue à entretenir la confusion chez les consommateurs et revient toujours à diaboliser les sucres.
Certes l’agro-alimentaire apporte des sucres raffinés en quantité souvent trop importante. Mais elle n’oblige personne à ouvrir la bouche et à ingurgiter ad libitum des boissons sucrées et autres confiseries. Le consommateur doit rester acteur de ses choix alimentaires. On doit l’aider à privilégier la diversité et non le rendre coupable parce qu’il est en surpoids ou obèse. C’est la répétition qui fait déraper. On parle dans l’article de « marketing manipulateur », je pense qu’il y a également des articles médicaux manipulateurs. En prenant une position tranchée, ces articles font croire qu’il y a un monde de gentils et un monde de méchants.
L’exercice physique doit donc être encouragé (les nombreuses études sur le diabète témoignent de son côté indispensable). Mais cela n’est pas suffisant pour gérer le poids d’un patient car tout s’inscrit dans une gestion globale. On doit stopper la course à l’article provocateur qui ne nourrit que les adeptes des pratiques alimentaires extrémistes et favorise l’émergence de troubles du comportement alimentaire.
Les autres réactions à cette étude
- « Un obèse ne perdra pas un gramme en faisant de l’exercice »
Par Gautier Zunquin, membre du Think Tank ObésitéS, maître de conférences en activités physiques à l’Université du Littoral Côte d’Opale, chargé d’études cliniques sur l’obésité.
- L’anti-mythe totalitaire
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.


